Je commence par la base, comme je l’ai toujours appris dans mes dissertations de français rédigée le samedi matin au grand dam de toute une ribambelle étudiante cernée.
Mère : n.f. Femme, femelle qui a des enfants.
Plus loin, je constate qu’il y a une définition pour mère porteuse aussi, ce dont je veux parler aujourd’hui.
Mère porteuse, mère d’emprunt, mère de substitution : (1984) Femme inséminée artificiellement qui porte un enfant pour un couple dont la femme est stérile.
Selon mon fidèle Petit Robert 2008, le terme est apparu en 84. Je comprends que “l’intention”, le “concept” de porter l’enfant d’autres parents, date de 84.
Vous, vous en pensez quoi de la mère porteuse? Est-ce que porter un enfant qui n’est pas le nôtre et qu’on n’élèvera même pas nous confère le titre de “mère” de toute façon? “Pardon, pardon : privilège utérin, coming thru”. Alors déjà, je pense qu’un autre terme pour les qualifier est nécessaire. Un donneur de sperme rend le même service, et n’est pas baptisé “père fournisseur” ou je ne sais trop.
Je crois que tout cela serait beaucoup moins “éthiquement incorrect” si le titre était tout autre justement. Parce que le lien maternel, l’instinct maternel, tout ça, c’est tellement sacré, c’est un intouchable. Quoique, techniquement, le mariage aussi, et il y a l’infidélité. Enfin. Si ce n’est plus une “mère”, c’est beaucoup moins pire, je pense. De toute façon, on s’entend, depuis le temps que les femmes (les hommes aussi mais ça compte beaucoup moins, semblerait-il) reçoivent de l’argent contre leur corps et qu’on en revient : mannequins, danseuses, prostituées. (Je ne juge personne ici, svp ne retenez pas que cette phrase.) C’est une nouvelle étape dans le culte du corps. Avant, on ne s’en tenait qu’à l’extérieur, qu’à l’apparence. Soit belle et tais-toi. Mais maintenant, pour plusieurs raisons sur lesquelles je ne peux pas m’arrêter ici, l’intérieur aussi commence à prendre de la valeur. Ça commence avec le trafic d’organes. “Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine / Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit” écrivait Rimbaud dans le Dormeur du Val. Maintenant, on se réveille dans le bain avec les mêmes trous à la place des reins. Depuis, ce genre de traffic qui concrétise donc la nouvelle valeur accordée à notre intérieur a évolué vers la mère porteuse, selon moi. Si un coeur ne fonctionne plus, on peut maintenant le remplacer, tout simplement. Suffit d’en trouver un autre. Si un utérus ne fonctionne pas, même chose, non?
C’est de la transplantation d’enfants. De l’agriculture naïve. On l’installe dans un utérus mais pas le mien puisqu’il est défectueux, puis on le remet dans mes bras quand la cuisson est terminée. C’est tout.
Est-ce que c’est mal? Je ne sais pas. Est-ce que je le ferais? Non. Est-ce que je condamne ma meilleure amie si elle le fait? Non. Je ne dirai pas que c’est un choix personnel, parce qu’à trois et bientôt quatre personnes d’impliquées, plus l’équipe médicale et tout et tout, ce n’est pas un choix personnel. Le principal intéressé c’est l’enfant et lui, personne ne lui demande son avis. C’est lui qui aura à vivre avec les répercussions du choix de ses parents, et qu’on se le dise, la quête des origines, la crise identitaire qui est le thème fétiche de tout cinéaste québécois, ça peut partir de quelque chose comme ça. Même si vous êtes les meilleurs parents du monde, que vous l’ayez enfantée ou pas, votre tendre progéniture risque fort de vouloir connaître son autre “mère”. Personnellement, c’est ce qui me dérange. J’aurais beaucoup de misère à élever un enfant avec tout mon amour, un enfant pour lequel j’aurais tout fait alors qu’il n’était encore qu’un projet, et d’avoir tout d’un coup à diviser mon rôle de mère avec une autre femme, celle qui a un simple organe de plus que moi, et qui me pique la parcelle fondamentale de ma maternité. Pour moi, c’est ça le dilemne. Encore une fois, ce n’est pas pour l’enfant, c’est pour mon me, myself and I, de la même manière que le concept de base de la mère porteuse. C’est d’être parent qui compte, pas d’avoir un enfant.
C’est peut-être un peu dur ce que je dis, mais c’est ce que je pense, honnêtement. La mère, c’est celle qui aime et qui élève, ce n’est plus nécessairement celle qui enfante. Je crois que c’est une grosse décision à prendre, je pense que c’est un gros service à offrir, et je pense que ça demande surtout une grosse réflexion. À suivre.
Au plaisir.
Keep on Keepin on
MS
J’aime bien le terme “agriculture naïve” ça explique bien cette situation bizarre que celle de ne pas être la “mère” de l’enfant qu’on a porté…
Bonjour,
Dans la plupart des documents, l’utilisation du mot « mère porteuse » masque les profondes différences qu’il y a entre procréation pour autrui (la femme qui porte l’enfant fournit également son ovule) et gestation pour autrui dit GPA (la femme qui porte l’enfant n’a pas de lien génétique avec l’enfant). En effet, les dernières études font état de nombreux échanges moléculaires entre la mère et l’enfant. Ces échanges sont régulés par l’ADN dit mitochondrial. Au contraire de l’ADN nucléaire qui se transmet par une combinaison de l’ADN nucléaire des parents, l’ADN mitochondrial ne se transmet que par la femme. Ainsi, en cas de procréation pour autrui, la femme qui porte l’enfant transmet son patrimoine génétique à l’enfant, et les échanges intra-utérins sont régis par son propre ADN mitochondrial. La contribution de la femme infertile est dans ce cas purement sociale comme dans l’adoption. Mais, en cas de gestation pour autrui, la femme qui porte l’enfant ne transmet pas de patrimoine génétique à l’enfant, et les échanges intra-utérins sont régis par l’ADN mitochondrial de la femme infertile qui a fourni ses propres ovules. Ainsi, la contribution de la femme infertile est présente dans ce cas non seulement en termes de reconnaissance physique avec l’enfant, mais elle participe même à la vie utérine au travers de son ADN mitochondrial. Pour simplifier, il y a deux femmes qui participent à la grossesse.
Ces précisions biologiques me semblent très importantes. Avec cet éclairage, je pense qu’il est préférable :
- de maintenir la prohibition de la procréation pour autrui du fait des liens de ressemblance et de développement entre la femme et l’enfant qu’elle porte.
- de légaliser la gestation pour autrui qui permet d’avoir une continuité biologique entre l’enfant et le couple infertile, et ce même pendant la grossesse. Et qui de plus minimise les risques de souffrance de la femme en remettent l’enfant à ses parents car cet enfant ne lui ressemblera pas.
Bonne continuation,
La Glace au Citron