Ode au repos

Lentement, lentement. La journée qui commence. L’agenda vide, sinon aux rendez-vous raturés, les pages éviscérées de rien. Rien. Si même agenda il y a, bien sûr.

Il y a la brise qui pousse lentement, lentement les rideaux. Les plis dans le tissu, le bruissement lorsque les pans se soulèvent et viennent caresser la fenêtre. Dehors les gens rient, resserrent leurs vestes sur leurs épaules, jurent sous leurs parapluies, crachent sur le pavé. C’est dégoûtant, mais c’est la vie.

Les gens jurent sous leurs parapluies parce que dehors la pluie tombe. Les pépites d’eau éclatent au sol et c’est le même bruit que le crépitement du feu.

C’est toute la journée qui fait la grasse matinée. Je mangerai mes oeufs bénédictines pour souper.

Et elle enfin, elle se repose de toute la vie qu’elle a vécue. Elle se repose comme le “e” de “pluie”. En silence à la fin. Entourée des siens, elle inspire pour mieux expirer. Ce sont les demains qu’elle a mis au monde qui lui tiennent la main le soir. Ces mains qu’elle a prises d’abord pour guider les premiers pas, pour appuyer la calligraphie. Ces mains dont elle a tracé les grandes lignes. Les mains de plusieurs demains. Des demains et des petits-demains qui lui disent merci pour le passé. Le passé qu’elle a composé pour notre présent plus que parfait.

Les mots qu’elle a croisés comme des bras qui boudent.

Les beaux programmes qu’elle a dévorés comme nous le faisions de son fameux pâté chinois.

Et maintenant elle se repose. Elle dort presque. Il y a de ces personnes qui sont sensées vivre pour toujours parce qu’elles ont toujours été là, mais ce n’est pas comme ça. C’est dégoûtant, mais c’est la vie. Les gens jurent sous leur parapluie et crachent leur mécontentement même si l’averse crépite doucement comme le feu. On s’endort toujours mieux les soirs de tempête.

Et maintenant elle se repose. Elle dort presque. Il n’y a plus rien dans son agenda, que l’avenir autour d’elle et lentement, lentement, une nouvelle journée qui commence.

Au plaisir.

Keep On Keepin On

MS

3 réflexions sur “Ode au repos

  1. Anonyme dit :

    M-S,
    J’étais parvenue à ne pas pleurer depuis ce matin puis, il y a tes mots. Les larmes s’imposent, tu me berces.
    Tu as un talent incontestable, merci de l’utilser pour nous faire (pour me faire) du bien dans une période si boulversante
    Je t’aime très fort, Carolinexxxxxxxxxxxxxxxxx

  2. Anonyme dit :

    Ouf! Ça fesse mais c’est beau, très beau…

    Ton vieux mononcle

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