C’est dur la vie en ce samedi matin. Oui, aujourd’hui c’est dimanche, mais hier c’était samedi. On fait comme si c’était samedi, pour être raccord.
C’est dur la vie en ce samedi matin.
Hier soir, c’était la folie. Une véritable dégringolade de fous rires contagieux comme la peste. Nous avons bien bu, nous avons bien mangé, et maintenant je me remets de cette hilarité bubonique. Près d’une heure plus tard après mon éveil, en ce samedi matin, je me masse les tempes et je fixe les points noirs dans mon champ de vision. Je ne sais pas il est quelle heure, mais il est trop tôt encore.
J’ai envie de lire, j’ai envie d’écrire, mais sans me lever de mon lit. Le lendemain de veille est l’excuse parfaite et adéquate pour justifier une journée entière à faire chouche et faire le plein de culture. Pour moi du moins.
Malheureusement, la totalité de ma culture la plus récemment acquérie au Renaud-Bray (Time, New Yorker, Culture générale pour les nuls, le dernier Goncourt, etc.) repose dans le salon. Derrière le mur de ma chambre, là où la vie continue de battre son plein tandis que moi, j’agonise. C’est pas un livre ça? C’est beau, je vais mourir comme un titre, un grand. Et on tuera tous les affreux.
Mais non, au contraire! Voici le moment idéal pour fraterniser avec mon tout dernier achat, un téléphone intelligent. Comment une machine peut-elle être intelligente? Je vais le découvrir. Très lentement avec l’index et le majeur droits qui pétrissent encore le peu de quotient qu’il me reste de la folle débandade du vendredi soir.
En quelques clics qui, selon mon nouveau forfait, ne me coûtent rien (c’est louche), je m’abonne à LeMonde.fr, The Huffington Post, le Times, The Economist, The Onion et Al Jazeera. En cinq minutes, j’ai fait le tour du monde et j’ai même pu le tweeter et le facebooker à l’humanité qui me suit et qui m’aime. Tout ça, pendant que j’agonise. En fait, j’ai même pu voir les quelques clichés que notre photographe de nouveau collègue (quoiqu’après hier, c’est officiellement mon ami) a pris alors que nous pataugions dans une marre de blagues salaces, conséquences des langues déliées et gorges déployées.
Parenthèses : personne n’a vomi. Je continue.
J’ai fait le tour du monde, j’ai fait le tour de mon monde, en moins de 80 clics. Je n’ai pas bougé d’un iota. Le sang battait à contretemps dans mon front et je faisais défiler les dernières rumeurs sur DSK, j’ai pris connaissance de la dernière avancée technologique en matière de verres de contact, que Kim Jong Il souhaitait élaborer un plan pour amener la lune à la Corée du Nord, et que Miley Cirus était officiellement une droguée en devenir. Mon téléphone me régurgite au visage toute l’information mondiale et moi je ne suis pas foutue de me lever pour allumer le chauffage et faire les quelques pas supplémentaires qui me séparent des revues que je viens de payer trop cher, puisqu’en fait, je viens d’en consulter le contenu gratuitement en ligne.
Alors non seulement la vie c’est de la merde, mais en plus je suis tombée sur un téléphone plus intelligent que moi. Dans ces circonstances, à quoi bon la culture, aussi générale soit-elle?
À quoi bon se poser des questions si on a toutes les réponses du monde au bout des doigts?
Le téléphone intelligent marque-t-il la fin du questionnement?
Ça y est, mes pensées s’envolent et je ne me sens plus comme un grand titre, mais comme une chanson : je suis un saule inconsolable, le plus désemparé des arbres. Qu’est-ce que ça peut me faire, l’amour, la guerre…je…
Ah pis je me recouche.
Au plaisir.
Keep On Keepin On.
MS