Un autre matin au Café L’Apothicaire. Non, je mens. Il est près de 13h, le matin est bien fini. Bref, je n’en suis pas moins à L’Apothicaire, petit café fort sympa qui grouille de vie et de roestis végétariens, mon péché mignon pour lequel je fléchis à chaque fois.
J’ai comme philosophie de vie qu’il faut faire quelque chose de différent chaque jour. Oser. Non, ce n’est pas ce que je fais ce matin. Ce matin je me blottis dans une routine rassurante parce qu’hier, quelque chose de différent s’est imposé à moi. Je vous raconte.
Je suis sur la chic rue St-Denis, dans un bar dont je tairai le nom, en compagnie d’une amie. Nous refaisons le monde, pour faire changement, et élaborons une stratégie hors pair pour que je puisse dévoiler mon amour à l’homme de ma vie : Paul Houde, puits sans fond de connaissances, Bible de l’anecdote sur pattes s’il en est une. J’aime les hommes mûrs et laissez-moi vous dire, Paul Houde est à point.
Bref, nous quittons les lieux une fois la conversation terminée, et dépassons un haut lieu du vice montréalais. Oserais-le dire? …un bar d’effeuilleuses. Je n’y suis jamais entré, je sais bien comment ça s’y passe. Des femelles de tous les acabits s’y déhanchent pour quelques dollars et attouchements. Le harem à poteaux est déjà à quelques mètres derrière nous lorsque nous entendons un chahut incroyable. Du bruit comme dans les films. PAF! PAF! Du Batman&Robin des années 60 ou 70 avec les bruits qu’on écrit à travers l’écran. Quelqu’un qui déboule les marches. Un PATAF mat. Nous nous retournons juste à temps pour apercevoir un jeunot s’écraser au sol, tête première. Visiblement, il est sonné par la chute et par quelques consommations alcoolisées. Un gorille baraqué comme pas deux (plus comme trois ou quatre) surgit alors de l’établissement et assène encore coups de poings et de pieds à l’ex-client qui peine à se relever. La scène relève d’un bruitage digne des Oscars. Justement, des étoiles comme celles d’Hollywood Blvd tournent autour de la tête de l’hurluberlu, il titube alors que ledit gorille lui lance une chaussure perdue lors de sa périlleuse chute. Une meute de jeunes filles éplorées s’élancent des terrasses avoisinantes pour lui porter secours, faisant fi du fait que le jeunot avait probablement abusé du privilège du touche-ici-touche-là du paradis de la succube charnelle. Ah, les femmes. L’ambulance s’amène, les pompiers, vite remédions à la situation. Petite nature que je suis, j’en demeure profondément traumatisée.
Alors voilà. Mais ce n’est pas ce dont je voulais parler. Je voulais vous faire part de ce que j’osais de différent ces temps-ci. Pardonnez-moi la parenthèse. Hormis mon plan d’aimer d’une passion brute Paul Houde et ses multiples références, j’ai entamé un blanchissage des dents. Un projet de longue haleine (oui, ceci est un jeu de mots) sur lequel je ferai quelques mises à jour pendant les deux prochaines semaines. Pour le moment, j’en suis à ma quatrième ou cinquième applications des petites bandelettes prometteuses d’un rutilant sourire. Jusqu’à maintenant, j’ai l’impression qu’il y a entre chacune de mes dents un espace d’au moins un centimètre, ce qui me conférerait un sourire énorme, mais il ne s’agit ici que de sensation et d’impression. J’ai la nette impression qu’un poulet rôti entier pourrait se loger entre canines et incisives. Le manuel d’instruction ne fait pas mention de cet effet secondaire psychosomatique. Bon. Pas de panique. Ça va sûrement passer. Aussi, je sens un peu mon coeur battre dans mes gencives. C’est nouveau. Comme si elles étaient soumises à un stress hors du commun et qu’elles étaient essoufflées. Côté couleur, ça n’a pas beaucoup changé. Mais je vous garde au courant.
Tiens, un lapin entre dans le Café L’Apothicaire. Ça aussi, ça sort un peu de l’ordinaire.
Je termine sur la citation du jour :
L’homme raisonnable s’adapte au monde ; l’homme déraisonnable s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable.
- Georges Bernard Shaw
Au plaisir.
Keep on Keepin on.
MS
