Quand j’étais petite, je voulais devenir oncologue. Le mot ne vous dit rien? Robert!
ONCOLOGUE : Médecin spécialiste en oncologie –> cancérologue.
ONCOLOGIE : Étude des tumeurs cancéreuses.
En fait, je disais ça, mais ce que je voulais vraiment, c’était trouver un remède contre le cancer. Sauver la vie des gens.
J’ai changé d’avis quand je me suis rendue compte que je ne pouvais pas sauver tout le monde, même en trouvant un remède contre le cancer. En fait, j’ai changé d’avis quand je me suis rendue compte que parfois, mes patients mourraient.
Ce matin à l’émission de Christiane Charette, il était question de l’histoire de Laurent. Laurent a 19 ans et a un grave cancer. Enfin, Laurent AVAIT un cancer, parce qu’il est mort maintenant. Mais il laisse derrière lui une famille forte de son histoire, de
son combat, de sa vie malgré la maladie, et de son départ.
Sa mère, interviewée par Christiane, semblait sereine et croyait que son fils avait “réussi son départ”. Rappelons-nous qu’on parle d’un jeune homme dans la fleur de l’âge qui aurait dû avoir un grand avenir devant lui, rempli d’erreurs de parcours, de graves constatations, d’émotions, d’amour, de plus de femmes qu’il ne l’aurait avoué à sa mère justement, de tristesse, de snowboard, d’un peu de drogue, peut-être même un blogue, de plein de gens… Un grand avenir, la vie, quoi! Mais non, pas tout ça. Un peu, oui quand même, parce que Laurent comme l’a dit sa mère a réussi son départ. Il a pu goûter la vie et la croquer à belles dents malgré son bref passage sur terre. Grâce à qui? Grâce à une super équipe de soins palliatifs.
Des soins palliatifs? Pourquoi appelle-t-on ça des SOINS, de toute façon? Les médecins nous y transfèrent lorsqu’il n’y a plus rien à faire qu’attendre la mort. Que reste-t-il à soigner quand le corps s’éteint?
Aux côtés de Christiane et la maman de Laurent, Nicole Brunet, il y avait le Dr Humbert qui l’a soigné. Soigné, c’est beaucoup dire. Dr Humbert croit plutôt qu’il a accompagné Laurent dans son départ, étant toujours disponible pour répondre à ses questions puisque Laurent n’était pas toujours à l’hôpital malgré son état, puisqu’un jeune homme intense jusqu’au bout.
-”J’ai craché du sang hier, c’est normal?”
-”Oui Laurent, tu as décidé de faire de la plongée sous-marine. C’est ce qui arrive. Va à l’hôpital.”
-”Mais je suis à Hawaï!”
Pour les enfants, le transfert aux soins palliatifs se fait plus rapidement. Les traitements exigés deviennent de plus en plus importants mais par le fait même, de plus en plus nocifs pour les petits corps, alors on devine rapidement qu’il n’y a plus rien à faire, sauf peut-être un traitement expérimental quelconque. Par contre, les enfants n’en laissent rien paraître. Dans la majorité des cas, semble-t-il du moins. Un bambin peut sauter sur son lit comme si c’était Noël puis trépasser dans l’heure qui suit. La veille de sa mort, Laurent passait la journée avec ses amis, mais savait tout à la fois que son heure était venue. Un dernier adieu. À son entrée à l’hôpital le soir même, il a annoncé au Dr Humbert qu’il partait demain! Et comme de fait.
C’est que les enfants n’ont pas conscience de ce qu’implique la mort. Tout ce qu’ils connaissent, c’est la vie. Pas de testament, d’assurance vie, de derniers adieux, d’annulation de compte Facebook. Une candeur et une naïveté (si c’en est) qui finissent par user les équipes de soignants des soins palliatifs, explique Dr Humbert, le médecin qui ne guérit pas.
Rien de pire que de perdre un enfant. Je ne crois pas qu’il soit logique d’enterrer son prochain. Impossible pour moi de songer à la perte d’un de mes frères ou de ma soeur sans avoir une boule dans la gorge et un petit nuage noir au-dessus de la tête. Mais ces gens des soins palliatifs sont néanmoins présents pour rendre le départ pas nécessairement plus simple, mais certainement plus facile à vivre pour la famille, et ce, même si c’est le troisième de la journée, le dixième de la semaine, le centième de l’année. La mort ne dure qu’un instant pour la personne atteinte de maladie, mais l’équipe des soins palliatifs est également là pour supporter l’entourage de cette personne pour qui le deuil outrepassera le bref instant du trépas.
Il n’y a pas de sot métier. N’empêche, je ne pourrais jamais faire celui du Dr Humbert, aussi respectable soit-il.
Quand j’étais petite, je voulais devenir oncologue. Une chance que certains d’entre nous choisissent de le devenir même une fois grand. Ces spécialistes qui accompagnent des gens dans leurs derniers moments, qui leur permettent d’accéder à la dernière marche du podium qu’est la vie, je les trouve admirables.
L’histoire de Laurent n’a pas qu’inspiré sa mère et le Dr Humbert. Elle est également le coeur d’une chanson des Cowboys Fringants. Le vidéo que je vous fournis n’est pas génial, mais il vous permet de lire les paroles, petites parcelles hommage de Laurent.
Voici ci-dessous un lien vers l’entrevue entendue ce matin.
http://www.radio-canada.ca/emissions/christiane_charette/2009-2010/chronique.asp?idChronique=91990
Absurde que je fasse l’éloge d’un médecin qui ne guérit pas, alors que tant de gens attendent des années d’en consulter un apte à soigner. J’applaudis celui qui abaisse le rideau plutôt que celui qui s’assure que le spectacle continue.
La vie est un jeu qu’il faut parfois savoir perdre avec dignité.
À Laurent!
Au plaisir.
Keep on Keepin on
MS
moral et nous faire comprendre qu’au fond, ça pourrait être pire et que nous, on est assez en santé pour donner de l’argent. C’est gentil, merci.
veuve et l’orphelin le SAVENT et tentent de nous soutirer un peu de notre pécule lorsque nous nous trouvons à notre plus bas.