Vraiment? Peut-on changer les choses? Changent-elles d’elles-même? Et les gens, eux, ils changent, les gens? J’aime dire qu’ils évoluent, utopiste que je suis. Mais pas toujours pour le mieux, malheureusement. Ça vaut la peine d’essayer quand même? Je veux dire de changer les choses, les gens…de chercher à les améliorer? Ou de toute façon, est-ce “plus beau quand c’est inutile”? Dieu que je l’aime ce Cyrano…
Lu sur cyberpresse.ca ce matin, muse cybernétique si c’en est une.
300 SANS ABRIS BIENTÔT MAÎTRES DE LEUR LOGIS.
- Un nouveau projet de réinsertion sociale dans le cadre d’une étude concernant les sans abris atteints de maladies mentales.
- http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/national/200908/23/01-895099-300-sans-abris-bientot-maitres-de-leur-logis.php
Aussi :
ENSEIGNEMENT : LES HOMMES SE FONT PLUS RARES.
- La proportion d’enseignants mâles ne cessent de diminuer d’années en années.
- http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/200908/24/01-895192-enseignement-les-hommes-se-font-plus-rares.php
COMMENT ON DIT COCORICO À SCARBOROUGH?
- Chronique du 20 août de Foglia. Il y parle de Priscilla Lopes-Schliep, une athlète un peu…hum bâtie qui met le dos sur une maladie pour expliquer sa carrure.
- http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/pierre-foglia/200908/20/01-894194-comment-on-dit-cocorico-a-scarborough.php
Si les choses sont ce qu’elles sont, est-ce possible de réinsérer en société un itinérant, malade ou pas, qui vit comme il peut sans aucun comptes à rendre depuis des années? Parce qu’il y aura toujours des gens à la rue. Peut-on changer le fait qu’il y a plus d’enseignantes que d’enseignants? Parce que discrimination positive ou pas, l’éducation est un milieu beaucoup plus féminin. Et finalement, peut-on réellement blâmer une prédisposition génétique à être plutôt du type bâti alors qu’on se gave de malbouffe? Parce qu’il y en aura toujours avec “de gros os” et des problèmes de genoux qui les empêchent de courir. Ben-oui.
Yves. Il s’appelait Yves. J’avais quelque chose comme 16-17 ans. J’apprendrais plus tard qu’il en avait 40, en paraissant 200 de plus. Métro Henri-Bourassa après un shift quelconque. Il dormait sur le quai. Tout sale, tout recroquevillé. J’arrive chez mon père. 72 pièces et demie environ. Assez de salles de bain d’invités pour que le monde en ramène chez eux à la fin de la soirée. De l’air clim à en modifier l’écosystème. Depuis que je suis petite, ce luxe c’est la norme. Et Yves lui, dort dans ses pantalons de 84. Des pantalons de fin du monde selon Orwell. C’est pas juste, alors je retourne le chercher, je le brasse pour le réveiller. Parce que ce que vous croyez être un tas d’immondices, c’est un HUMAIN. Dans le cas présent, un humain dont la vie a dégringolé après une peine d’amour en 70. À défaut d’embrasser sa blonde, il a commencé à en boire. Puis basta famille, job, appart, argent, vie. Yves, il trippe sur le disco. Je lui dis qu’il n’est pas très à jour. Lui de me demander où je pense qu’il a la chance d’écouter ça, de la musique? Bon point et malaise.
Et il ne peut pas être réintégré. Parce que pour avoir une assurance sociale, ça prend une adresse. Pour avoir une adresse, il faut de l’argent pour payer le loyer. C’est pas avec le 20$ que je lui ai donné que ça va faire une différence. Auparavant, il s’occupait du paysage du parc Ahuntsic et ses yeux brillent quand il m’en parle. Maintenant, il le meuble de son propre corps et l’étincelle de son regard finit par s’écraser dans sa barbe. Une perséide perdue. J’en profite pour faire un voeu mais je ne peux pas vous le révéler sinon il ne se réalisera pas. Vous pensez qu’après 20 ans à dormir sous les arbres c’est évident d’en planter un? C’est facile de contribuer à une société qui nous a rejeté, puis abandonné, et finalement oublié, point barre? Yves a tout sa tête et c’est ce qu’il pense, ce qu’il sait. Lucide à souhait, charmant malgré l’odeur..!
Alors moi, avec mon utopie et mes grands yeux de biche remplis d’espoir, je vous demande : est-ce que les choses sont ce qu’elles sont? On fait quoi avec Yves? On fait quoi pour impliquer plus d’hommes dans l’enseignement alors qu’anyways, plus de filles y sont intéressées de nature et que les gars, on les accuse d’harcèlement sexuel de plus en plus facilement? On fait quoi pour brasser la cage de ceux qui ont des excuses et des “gros os”? Est-ce que ça peut changer, d’abord? On peut le changer Yves…encore?
Quand j’écris et que mes mots font sourire, pleurer, vivre un peu plus, j’essaye de changer le monde, une personne à la fois, une journée à la fois. Je te fais réfléchir maintenant, peut-être que tu agiras tantôt. (Oui, utopiste qu’on dit. Ou juste…jeune.) Mais parfois, il faut aller au-delà de l’individu. C’est pas la conscience d’autrui qu’il faut toucher, c’est la conscience sociale.
C’est pas des gens qui doivent réintégrer la société. C’est la société qui doit réintégrer des gens.
Réinsertion sociale, discrimination positive, profil génétique douteux…ça ressemble peut-être un peu à de la déculpabilisation tout ça. Changer les choses, c’est beaucoup de travail et exige qu’on y laisse quelques plumes. (Dieu merci, j’ai su garder la mienne!) Pour arriver à quelque chose de mieux, parfois il faut enjamber le pire (ou s’enfarger dedans, mais bon). Toucher le fond pour se donner un élan. Les gens doivent souvent en arriver là pour aboutir à une version 2.0 d’eux-mêmes. Mais la société at large, elle…?
Enfin. C’est inutile de reprendre en main quand on arrête d’échapper, voilà ce que j’en pense. Yves, ça fait près de 30 ans qu’il est à terre. Et ça, on peut rien y changer, même pas avec un gros, gros, gros “pardon mononcle” et du Gloria Gaynor dans le tapis.
Suivez-moi. Logiquement, si les choses empirent, alors les choses changent. Si les choses peuvent changer, alors les choses peuvent s’améliorer. Non?
Si vous êtes d’accord avec mon raisonnement final, alors je ne suis pas si utopiste que ça après tout. Toujours aussi jeune mais certes pas si candide!
Les choses sont ce qu’elles sont, les gens aussi. Paradoxalement, c’est dommage et merveilleux à la fois.
Et c’est ça qui est ça. Maintenant, au travail.
Au plaisir.
Keep on Keepin on
MS