Ce que tu veux et le nid de poussière

Tu touches le fond un jour. Tu t’écroules au sol et t’égratignes les rotules sur le râpeux gravier de la triste réalité. Ça fait mal, ça déchire tes bas de nylon et en plus, ça pogne la partie du genoux qui donne le réflexe bizarre de faire partir la jambe par en avant. Bref, c’est désagréable.

Beaucoup plus facile de se mettre en boule dans le gravier et de se laisser faire pitié dans un nid de poussière. C’est dramatique et ça fait de beaux plans au cinéma.

OU.

Ou tu te relèves, t’enlèves le plus gros de la garnotte qui te colle à la peau, tu t’ébouriffes comme tu peux et tu repars de l’avant. Lentement mais sûrement. Et surtout, tu te dis : plus jamais. Plus jamais parce que ce n’est pas “ça” que tu veux. Et c’est tout aussi beau en cinéma, c’est juste plus…mobile. Un travelling vers l’avant qu’on appelle.

Quitte à travailler deux ou trois ou encore plus de fois plus fort, jamais, non jamais, tu ne sous-loueras de nid de poussière à  nouveau.

Mais tout cela dépend de judicieux choix, de stratégiques sacrifices.

N’oublie pas que tu peux ce que tu veux.

Vas-y petit peu par petit peu, pour t’encourager. Une réussite en attire une autre, tu vas voir. Mais n’oublie pas de dire merci à chaque pas à ce qui te permet de progresser.

Elle, elle chante. Certes, le jour elle travaille dans un bureau et gère de la paperasse, mais le reste du temps elle chante. Et si tu la croises dans le corridor du bureau, elle se fera un plaisir de te rappeler en pointant les alentours, que “ça”, c’est son sideline, et non la chanson. Elle, elle a ce qu’elle veut.

Elle, elle veut trouver un remède. Pour ce faire, il lui faut des fonds. Elle procède, amorce une campagne, ramasse des sous et sème des mercis à tout vent et déjà, elle a presque ce qu’elle veut.

Toi, tu veux quoi? Classique : tu veux rencontrer le prince charmant. Alors respecte-toi et lâche les crapauds. Agis comme ce que tu vaux, prouve ce que tu veux.

Et toi? Te remettre en forme de bikini? Direction gym. Go.

Qu’importe ce qu’il faut faire, mais plus jamais, jamais le nid de poussière. Un petit peu par un petit peu, on travaille à avoir ce qu’on veut. Pour commencer, de nouveaux bas de nylon.

Au plaisir.

Keep On Keepin On

MS

Ce que je ne sais pas au sujet des cubicules

MS a un travail, ce que plusieurs définissent comme étant un “vrai” travail.

Dans le cas présent, le vrai travail implique un cubicule. À mon étonnement, le-dit enclos du contribuable n’est pas aussi débandant que son stéréotype ne le laisse paraître. Bien au contraire même. Chaque cubicule, qui sont regroupés par section de quatre bureaux, est un petit univers en soi. Une parcelle de personnalité qui prend vit sous forme de fond d’écran d’ordinateur, de violettes sur un coin de bureau, de véritables albums de famille placardés sur les babillards improvisés sur des paravents dont le gris initial ne point plus qu’à peine. J’ajoute qu’en plus, il s’agit d’un milieu de travail cinématographique, donc partout, partout, partout, il y a des DVDs, des affiches de films, des Guillaume Lemay-Thivierge, des Samuel L. Jackson et des Inglorious Basterds qui me regardent, tantôt m’espionnant derrière un téléviseur, tantôt scotchés sur les paravents de mes collègues format 2D glacé.

Le téléphone sonne. C’est Hollywood. “Hello?”

Du matin au soir, des gens classés dans des cubicules doublent, commandent, négocient, approuvent, facturent, suggèrent et boivent beaucoup, beaucoup de café. Tout ça, toujours sous les yeux de Guillaume Lemay-Thivierge. 2D je parle.

Moi, je suis la nouvelle. Je suis en formation. Un foetus d’employée, recroquevillée en silence dans son cubicule utérin. Personne ne m’appelle parce que je n’existe pas encore vraiment. On me regarde en souriant au passage, attrait de la nouveauté oblige. Le téléphone reste muet. Je décroche quand même. “Hello? Hollywood?” Je me pratique. Je n’ai pas de violettes sur mon coin de table, pas de fond d’écran autre que le logo de la compagnie, pas d’albums de famille ni de vedette placardés sur mes paravents. Je n’ai pas de potins à échanger, pas de nouvelles à prendre, pas de journée à raconter, pas de recette à donner. Je ne connais pas Francine à la programmation, Karine aux finances ou Yoann au graphisme. Baswell. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie à ce point nouvelle.

Alors j’observe. Et quelque chose pique ma curiosité. Que font VRAIMENT ces gens? Que cachent-ils? Parce qu’on peut se le dire, il est franchement impossible que ces gens passent réellement sept heures (sans compter le dîner, bien sûr) installés à leur cubicule à travailler sans arrêt. Que font-ils RÉELLEMENT? Alors qu’ils attendent les retours d’appel, les confirmations par courriel, les commandes…que font-ils? Je suis trop récemment arrivée pour poser ce genre de questions, mais puisque je n’ai pas encore mes propres projets à gérer, je cherche comment meubler mon temps et je me demande ce qu’ils font, eux, mes collègues, mes voisins, mes patrons, quand ils sont en période de battement.

Le phénomène me fascine par son étrangeté, surtout que je ne sais pas du tout comment l’expliquer. J’ai plus d’hypothèses à avancer au sujet des zombies, extraterrestres, Ron Jeremy et autres phénomènes inexpliqués que concernant les occupations réelles de mes comparses. De plus, ils sont si sympathiques, joviaux, bien mis de leur personne…il m’est d’autant plus difficile de justifier leur “louchitude”.

Enfin. En attendant, je vais tâcher d’orner un peu mon petit bout de pays gris. Peupler le cubicule de ma personnalité rousselée. Comme ça au moins, quand j’aurai un moment de répit, je pourrai arroser mes violettes, zieuter la bouille de mon copain sur un petit rectangle de pellicule, ou découper des Guillaume Lemay-Thivierge en carton moi aussi. Peut-être qu’éventuellement, quand j’aurai fait mes preuves, Francine à la programmation, Karine au marketing ou Yoann au graphisme, m’initiera à la culture secrète du cubicule.

Au plaisir.

Keep on Keepin on

MS