Un amour de dépanneur

Dixit Le Nouveau Petit Robert 2008.

Dépanneur : 2 n.m. (Canada) Épicerie qui reste ouverte au-delà des heures d’ouverture des autres commerces.

Mais c’est tellement plus. Selon un article paru hier dans le Protégez-vous, on en compte 23 500 au Canada, et le dépanneur reste malgré tout l’établissement le plus difficile à cerner qui soit. D’abord, “dépanneur”, c’est une appellation parmi tant d’autres. Certains vont chez l’Indien, d’autres chez le Chinois, au Beer Store, au night shop, ou au magasin général. Enfin. Peu importe comment vous l’appelez, vous entretenez inconsciemment une histoire d’amour avec le vôtre. Oh oui, parce qu’on a bel et bien le “nôtre”, celui envers qui notre sentiment d’appartenance est irréfutable.  Tut! Tut! Laissez faire le “ben voyons” que vous venez de lancer à votre écran. Vous le savez bien au fond de vous-même. Lorsque vous terminez la soirée chez des amis et que c’est vous qu’on délègue au ravitaillement des troupes, la déception se lit sur votre visage (vous pouvez le voir à l’écran noir et blanc derrière le comptoir) lorsque votre Bin76 n’y est pas et qu’ici, on juge inutile de vendre du Beef Jerky.

Et avez-vous remarqué qu’ils ont tous un petit “je ne sais quoi”? Non, je ne parle pas de l’étincelle qui pétille dans l’oeil de la personne derrière la caisse. Cet être humble et secret. Non. Ce qui contribue au sentiment d’appartenance mentionné plus tôt. Le charme. Évidemment, la proximité est ce qui prime, mais ça, on ne s’en rend véritablement compte que lorsqu’on déménage dans un coin reclus et qu’il faut (arg!) soit prendre l’auto pour acheter du lait, soit quêter ses cigarettes, soit célébrer la victoire impromptue du Canadien au jus bananorange. Bref, plus il est près, plus la relation devient intime. Les caissiers de dépanneur sont les gens les plus ouverts d’esprit qui soient. D’ailleurs, vous saviez qu’ils comptent près de 1% de l’ensemble des emplois du pays, et 9,2% dans le commerce du détail? Une armée! Mais revenons-en à nos moutons. Jamais ils ne jugeront le fait que le client paye ses cigarettes en pyjama. Jamais ils ne fronceront les sourcils devant la boîte de Kraft Diner, la conserve de Chef Boyardee et la caisse de Tremblay que tu déposes devant lui. Tous les vendredi soirs. Pour eux aussi, un Joe Louis c’est un déjeuner et le 7 jours, l’actualité à son meilleur.

Retour au “je ne sais quoi”. Parfois, la proximité est déclassée par un autre facteur trop souvent sous-estimé. L’exclusivité. J’ai entendu parler d’un dépanneur à Laval qui vend des rouleaux de printemps, “les meilleurs du monde”, toujours chauds et frais. Ou alors celui sur Duluth où on peut, si on connait le mot de passe bien sûr, acheter des cigarettes à l’unité. Sur Beaubien, au dépanneur prêt de mon arrêt d’autobus, on peut feuilleter pratiquement toutes les revues qui existent (je le jure!), version UK inclus. Un autre (celui-là je le garde pour moi), tout dépendant du caissier, vend de la bière après 23h. D’autres vendent fruits et légumes ou des fleurs, pensent qu’avoir quatre cassettes c’est suffisant pour s’approprier le titre de club vidéo ou estiment que des jujubes, ça devrait se vendre à l’unité, taxe en sus.

Nous sommes ingrats. D’éternels adolescents. Nous dénigrons ces amours de commerce alors qu’eux, ne demandent qu’à être appréciés à leur juste valeur. Mais c’est souvent ça la vie. Nous en prendrons probablement conscience trop tard, lorsque nos petits bijoux du coin auront tous été disséminés par de gros Couche Tard et Bonisoir climatisés. C’est un pensez-y bien.  N’oubliez pas que votre dépanneur ne fait pas que “rester ouvert au-delà des heures d’ouverture des autres commerces”. Il vous dépanne à sa façon, comme seul lui sait le faire.

Je termine en vous fournissant le site duquel j’ai pris mes saisissantes données.

http://www.protegez-vous.ca/les-nouvelles/2009-04/les-hauts-et-les-bas-du-depanneur.html

Au plaisir.

Keep on Keepin on

MS