Forcer la chose

Si l’appétit vient en mangeant, qu’en est-il du reste?

L’amour vient-il en aimant? Le désir vient-il en désirant? L’écriture vient-elle en écrivant? Qu’est-ce qui est récupérable si on reprend ou remet en pratique ce qui est (source du problème) disparu?

D’un côté, les problèmes amoureux de mes amies qui pagayent comme elles peuvent pour rescaper un couple qui n’en est peut-être plus un. De l’autre, moi dans ce Café L’Apothicaire, toujours, qui tente de réapprendre à écrire pour vrai en me forçant, justement, à écrire.

Pendant que je cherche des mots à vous raconter, à vous accorder en toute syntaxe, en belle prose qui fond dans la bouche, il y a un couple. C’est petit L’Apothicaire, je suis pratiquement assise à leur table. Ils commandent d’ailleurs la même chose que moi et nous partageons sel et poivre. Je crois que la fille est comédienne mais je n’en suis pas certaine. Elle m’est familière. Bref. Et ce garçon qui tente de la rassurer à je ne sais trop quel sujet de façon bien anglophone. Peut-être qu’il pense que je ne comprendrai pas parce qu’il parle en anglais. Les gens font ça des fois. “You’re worrying me babe. You look tortured.” Oh! Tortured, le grand mot. En fait je n’élabore pas sur le sujet, je voulais simplement créer un peu d’ambiance (ça fait tellement français, ne manque que la délicate fumée des Gauloises et Sartre au bar) et souligner le fait que des problèmes de couple, même quand on est célibataire, on ne s’en sauve pas. Maintenant c’est Paper Planes de M.I.A. qui s’envole du système de son et c’est cette trame que je choisis pour vous écrire que tout le monde pagaye tout le temps pour l’amour. On force plus qu’à son tour. C’est fatiguant. Enfin.

Écrire. Écrire encore, réécrire à nouveau, ce roman sur lequel je bûche et dont l’histoire ne cesse de changer au gré des aléas de ma vie. Ce scénario que je ne sais comment terminer. C’est fou combien la fiction dépend de la réalité. La mienne du moins. Ma fiction dépend de la réalité. Celle que je vis, celle que je façonne, mais aussi celle qu’on m’impose, celle qu’on me raconte. Comment rédiger une parcelle d’inchangeable, encre de béton, alors que tout autour bouge sans cesse, évolue, pulse, remue?

Mais bon, il faut bien finir par s’arrêter sur quelque chose. Arrêter quelque chose, point. Une décision, disons peut-être.

Vous l’avez peut-être remarqué, mais lorsque je ne sais plus trop quoi écrire, j’insère une définition ou une citation dans mon blogue. Pour me conclure fidèlement, je termine sur une note que vous trouverez peut-être ironique, mais la vie est ainsi faite. La mienne du moins. Sur Evene.fr, voici la citation du jour :

Une des erreurs que peut commettre un chef d’entreprise, c’est de se croire le seigneur de l’affaire qu’il dirige.

- Auguste Detoeuf

Faites les liens que vous voulez, mais moi je souris derrière mon café. Il a dit beaucoup de choses Auguste Detoeuf, industriel et essayiste français (1883-1947). Plus bas, un lien vers d’autres citations du monsieur.

http://www.evene.fr/celebre/biographie/auguste-detoeuf-770.php?citations

On dira bien ce qu’on voudra, mais mine de rien, j’ai écris. C’est un peu décousu et partout à la fois, mais au moins c’est là. En passant, le couple avec la fille torturée et le garçon anglophone est parti, pour ceux que ça intéressent. Ils ne m’ont pas redonné le sel, ni le poivre. Maintenant c’est une musique endiablée des années 80 qui joue. C’est mauvais et le café se vide. Je sens une corrélation directe. D’ailleurs, je suis sur le point de quitter moi-même. Une nouveau couple s’installe et discute du spectacle prochain de la Compagnie Créole aux Francos. Sur les murs, les couleurs fauves des toiles crient. C’en est trop. Il y a des limites à forcer.

Exit.

Au plaisir.

Keep on Keepin on.

MS

Le courage du dernier ongulé

Ma journée commence à midi. Ça m’a tout pris pour m’extirper du lit, effet collatéral d’une angoissante nuit d’insomnie qui m’a amenée à fixer le plafond et le sens de ma vie jusqu’aux petites heures du matin.

Vous voulez la vérité? Ce qui se passe vraiment dans ma tête? Je me dois d’être honnête à la fin. Je vous dois bien ça.

Je pense que c’est important de le dire pour relativiser l’admiration que certaines personnes ont à mon égard. Je ne m’en vante pas, je vous le confie, c’est tout. Mon courage et ma persévérance à vouloir faire quelque chose que j’aime dans la vie. Cela me matérialisera peut-être un peu plus devant votre écran, moi qui ne suis pour vous que suite de phrases parsemées de quelques froncements de sourcils entre parenthèses et de sourires en coin sur le point du “i”. Une confidence pour humaniser le texte qui défile sur votre écran, anthropomorphisme de la phrase.

Écrire.

Eh bien ce n’est pas facile. Ce n’est pas facile parce qu’on tombe rapidement dans un cercle vicieux. Écrire, ça prend du temps. L’inspiration, c’est difficile de la forcer. Si les belles phrases me viennent à tous coups, le canevas dramaturgique, l’histoire (surtout sa fin), sont plus longs à élaborer. Vous saviez ça faisait combien de temps qu’il travaillait sur Inglorious Basterds, Quentin, quand le film est finalement arrivé sur nos écrans? Quelque chose comme huit ans. Un projet en constant remaniement, qui change tout le temps, qu’on réajuste, qui n’est pas encore just right. Bien sûr entre temps il a écrit autre chose mais combien de temps a-t-il mis sur ces autres projets? Vous voyez..?

Alors je me consacre à mon écriture mais pendant ce temps-là, je ne “travaille” pas comme la majorité l’entend. Oui bien sûr, j’ai mon side line qu’on appelle, mais ce n’est pas vraiment ce que j’appelle un revenu décent. Si je passe 10h à écrire dans ma journée, je ne me fais pas un sous. Je dois attendre les contrats de mon side line, tapuscrire des rapports médicolégaux. Et l’instabilité financière me scie la créativité. Vous vous rendez compte? Les clients dont j’écris les histoires de vie à la dactylo parviennent souvent mieux à solutionner leurs troubles existentiels complexes (et dépressifs, bipolaires, anorexiques et scatologiques), alors que moi, maîtresse ultime du destin de mes personnages, je ne parviens pas à trouver le meilleur moyen pour les tuer ou leur faire découvrir que l’amour de leur vie, en fait, n’était qu’un rêve (copyright, by the way). Je les envie parfois.

C’est alors que l’angoisse prend le relais. “Ai-je fait le bon choix?”, “Pourrais-je un jour vivre de ma plume?”, “Devrais-je retourner à l’école et faire autre chose?”, “Que va penser mon entourage si j’abandonne ma passion? Quel exemple je donne à mes frères et soeur?”, etc.

Disons que la situation économique actuelle n’est pas des plus reluisantes. La recherche d’emploi temporaire s’en fait ressentir. Les journaux n’engagent plus faute de moyens ou peinent à payer leurs pigistes. Arg. Ma productivité périclite.

Minute. Suis-je défaitiste? Non. Je ne fais que vous expliquer ma nuit d’angoisse. Comme on dit, it runs in the family. L’anxiété. D’ailleurs, je suis un spécimen rare au sein de la généalogie contemporaine familiale puisque je suis une des dernières à posséder des ongles, les autres branches de l’arbre familial ayant rongé leur statut d’ongulé depuis bel lurette. Et puis mon père m’a toujours dit, quand je baissais les bras : “Qui a dit que la vie devait être juste?”. Personne. Si quelqu’un comme Confucius ou Socrate ou Napoléon ou Barack Obama s’était penché sur la cause et avait sorti un dicton pompeux, noble et songé du genre “La vie est juste” (je dis ça de même), peut-être que les choses se seraient déroulées autrement.

Néanmoins, je n’en doute pas, un jour je vivrai de ma plume. J’ai trop la passion pour que ça n’aboutisse à rien. Je le sais et je n’en ai jamais douté. S’il y a bien quelque chose en quoi j’ai confiance en la vie, ce sont les mots. Souvent ceux que j’écris. Ce qui m’angoisse, qui oxyde mes rêves une fois ma tête sur l’oreiller et le livre sur la table de chevet, c’est le moment. Pour améliorer mon maintenant, redorer le présent qui s’assombrit, je fais quoi? Les CV sont envoyés, mon programme choisi à l’université, les contrats assurés…now what?

Eh ben…j’écris.

Au plaisir.

Keep on Keepin on

MS

PS. Je vous ai déjà confié à quel point ma vie était, disons, “raccord”? Eh bien juste comme je vous parle de mon angoisse de persévérer, je dépose sur ladite table de chevet mentionnée plus haut, Life of Pi que j’ai terminé avant d’amorcer ma nuit blanche. C’est l’histoire d’un jeune indien qui, malgré l’adversité et l’impossible, ne perd jamais, jamais espoir. Je n’ai peut-être pas établi que la vie devait être juste, mais je n’en démords pas, elle est profondément et indubitablement drôlement faite. En plus Yann Martel n’est pas très loin de moi dans la généalogie familiale (c’est vrai!). Je me demande dans quel état sont ses ongles…

Ma première fois

Alors voilà. J’amorce quelque chose de nouveau. Un nouveau blog. Croyez-moi, je ne suis pas née de la dernière pluie dans le domaine. C’est juste que mon blog précédent, celui que j’ai tenu pendant plus de quoi, six ans? Eh bien j’en avais un peu marre. Et puis le changement ne tue pas après tout. J’avais besoin de quelque chose d’un peu plus…officiel. Parce que j’adore écrire. Depuis que je sais tenir adéquatement (genre) un crayon que j’écris. Au début j’écrivais seulement pour le trip de faire de belles lettres cursives. Petit à petit, je me suis rendue compte qu’écrire ça pouvait servir à autre chose, du genre, rédiger des histoires. C’est ce que j’ai fait. Je dois avoir pas loin d’une dizaine de cahiers à couvertures rigides que ma mère m’achetait plus pour me garder tranquille qu’autre chose. Tranquille de ne pas laisser le chat sortir dans les “coolies” (j’ai grandi en Alberta), tranquille de ne pas écouter les Power Rangers trop proche de la télévision, tranquille de ne pas jouer à cache-cache dans la sécheuse ou encore tranquille d’enfermer ma soeur dans un garde-robe en faisant des bruits bizarres de l’autre côté de la porte. Évidemment, quand je me relis aujourd’hui, je me rends bien compte que le talent était encore très fœtal. Des licornes, des princesses, des poneys…en veux-tu, en v’là! En tout cas. Je me suis ensuite mis aux poèmes. J’ai reçu la totalité de l’œuvre de Victor Hugo, collection La Pléiade. Mon grand-père croyait que j’allais devenir une grande auteure, une profonde dramaturge, une poétesse nostalgique, une romancière aguerrie  “à la” Gabrielle Roy, une femme envers qui il a la plus haute estime. Enfin. Maintenant, près de 20 ans après mes débuts au crayon de plomb, je me retrouve penchée au-dessus d’un laptop de l’ère du dernier dinosaure, sur le clavier duquel mes ongles un peu trop longs font un cliquetti qui empêchent probablement la pauvre voisine du dessus de dormir.

Et j’aime toujours écrire. C’est ma plus grande histoire d’amour, ma passion. Les mots, c’est mon péché mignon. Certains s’éveillent la nuit pour grignotter, moi c’est pour griffoner cette phrase qui me trotte dans la tête. J’aime les mots qui fondent dans la bouche, les belles phrases qui font réfléchir même si elles ne semblent pas vouloir dire grand chose. Je ne joue pas au Scrabble : je jouis au Scrabble, et c’est à peine une métaphore. Je suis probablement meilleure aux mots-croisés que mon érudit grand-père. Oui, oui. Celui pour qui Gabrielle Roy est la Jenna Jamieson de la francophonie. Je recherche les livres qui font pleurer et ceux qui font rire, l’important c’est qu’ils fassent réagir. Ceux dont les mots ne portent pas à réfléchir, mais bien à agir. Comme le “feel good movie”, mais entre couvertures cartonnées.

Enfin. Voilà pourquoi je me retrouve ici. J’écris pour moi. Pour celle qui aime écrire. J’écrirai peut-être pour vous, ceux qui aiment lire. Nous verrons bien. C’est ici que s’interrompt mon tout premier, tout nouveau tout beau, encore chaud, blog. Blog ou blogue? À vous de me le dire. I’m still new at this. Here.

Au plaisir.

Keep on Keepin On

MS