Quelles sont les préoccupations sociales actuelles? Le présent. Bien peu pour l’avenir, en excluant l’environnement bien sûr. Je recycle, donc je suis. En plus, je mange du tofu une fois par année quand je vais chez Thaï Express. Full bio et eco friendly. Fouttez-moi la paix maintenant. “J’espère ne pas voir ça” quand les continents seront tous réchauffés “medium-saignant”, faute de couche d’ozone, et qu’ils baigneront dans l’unique océan du globe. Bref, on agit trop peu et on espère beaucoup trop. Qu’on se le tienne pour dit : la prière est beaucoup moins efficace qu’elle ne l’était. En nous voyant nous détruire de la sorte, je suis certaine que le petit Jésus, Pâques ou pas, se retourne sur sa croix, même si c’est très difficile quand on est cloué dessus, et se dit : “F*ck off, qu’ils se débrouillent tous seuls ses humains”.
Enfin, tout ça pour parler de nos préoccupations actuelles. À l’ère de Jules César, on songeait déjà à ce que l’Histoire allait raconter. Ces TRACES dont j’ai fait titre. On pensait à la postérité, on rédigeait des textes pour ceux qui viendraient après nous. Ce que je trouve particulièrement intéressant pour ma part, ce qui me fascine depuis la première fois qu’on m’a demandé ce que je voulais faire dans la vie et qu’on m’ait annoncé (oh malheur) que princesse à temps partielle, ce n’était pas possible, eh bien c’est archéologue. Pour les momies. Je voulais être archéologue à Pompéi et nulle part ailleurs, pour explorer ces maisons aux habitants figés dans le temps et conservés par un déluge de magma vésuvien. Maintenant, j’ai légèrement élargi mes horizons et en plus de changer complètement de champ d’intérêt (pour l’instant, je suis journaliste), je me passionne pour l’Égypte au grand complet et toutes les momies de ce monde. Ma plus grande découverte (et la plus récente), c’est Rosalia Lombardo.

Décédée à 2 ans...en 1920.
Je l’ai trouvée dans le National Geographics français de Février 2009. Embaumée selon une technique bien particulière réservée autrefois aux prêtres et gens très très riches, on dirait une poupée. Les cils sont encore là et ses cheveux blonds sont intactes. Une radiographie prouve qu’elle a tellement bien été momifiée que même ses organes sont intacts. Ce qui est fascinant surtout, c’est qu’on s’éloigne de l’Égypte. Rosa dort en Italie, dans une cave où reposent aussi des centaines d’hommes d’église. Aujourd’hui, elle fait pratiquement l’objet de pélerinage.
Pourquoi Rosa? Pourquoi les momies égyptiennes? Pour la postérité. Pour laisser une trace du passage sur terre. Bon d’accord, c’est bien relatif ce que j’avance là, parce que les pharaons égyptiens étaient momifiés dans un but religieux et tout et tout, mais n’empêche. Ils sont symboles du passé avec une motivation claire pour le futur, que ce soit pour une vie prochaine ou pour leurs survivants et descendants.
Autrefois, il y avait des temples, des gravures dans la pierre, des écrits, des légendes. Aujourd’hui, quelles sont nos traces? Les viaducs s’écroulent, les gens n’écrivent plus que sur Internet (mea culpa!) et les potins ont remplacé les légendes. On laisse mourir nos aînés dans des centres pour personnes périmées et on efface par tous les moyens les graffitis sur les immeubles. Les médias filtrent les informations et manipulent les nouvelles pour façonner l’opinion publique. Récemment, je ne me souviens plus quel ancien journaliste de CNN expliquait s’être fait dire à plusieurs reprises “We make the news” alors qu’il trouvait abominable de ne pas révéler ce qui se passait réellement en Irak.
Que laissons-nous à la postérité? Dans l’optique utopiste que la terre connaisse encore disons, 1000 ans de paix sans déchéance climatique ou attaque extra-terrestre, que trouverons les archéologues de l’époque dite “Ego.com”? Où seront les fossiles d’Internet? Nos corps botoxés, siliconés (mais ce sont des vrais, je le jure!), nos guerres dédramatisées et nos enfants issus d’éprouvettes, dont les yeux bleus choisis n’ont rien en commun avec la génétique maternelle et paternelle, que va laisser tout ça?
On ne se soucie plus de l’avenir. Ce qui compte, c’est le présent. En soi, ce n’est pas mal. Mais c’est que c’est au péril de l’avenir. À défaut de songer un peu plus à demain, le futur sera stéril puisqu’il sera dépourvu d’origines. Nous serons un nouveau chaînon manquant. La délicatesse, l’altruisme, la dévotion qu’impliquait la momification sont des notions révolues. J’ai le sentiment que les traces que nous laisserons seront des cicatrices plus qu’autre chose. À moins que…
Au plaisir.
Keep on Keepin On
MS