La tête des femmes

Une conversation. Dans un salon de coiffure, sur la rue Saint-Laurent. Ou n’importe où ailleurs en fait. Seulement, cette fois-ci, c’est dans un salon de coiffure. À la source, voyez par vous-même.

- Les femmes viennent chez le coiffeur pour se remonter le moral. Ça dépend de la météo.

- Aux points tournants de leur vie aussi, non?

- Qu’est-ce que tu veux dire?

- Ben…rupture, nouvelle job, déménagement, nouveau chum, augmentation de salaire…égale pas mal nouvelle coiffure. Non?

- Pas remarqué.

Une conversation entre une coloriste et une cliente, j’avais oublié de préciser.

La chevelure des femmes est sans doute le moyen d’expression le plus méconnu qui soit. Du morse capillaire. Un texto tressé. Un coup de fil avec des rallonges. Chaque coiffure en dit si long sur la tête qui la porte. Elles ne changent pas de couleur de cheveux, de longueur de coupe, de mise en pli, pour le simple plaisir. Les femmes changent de coiffure pour symboliser une métamorphose beaucoup plus grande. Allons lectrices, supportez-moi et opinez!

Lectorat féminin, je m’adresse maintenant directement à vous. Je me confies à vous comme à une amie de toujours sur un balcon, les jambes croisées en talons hauts et un verre de vin rosé à la main. Le regard un peu perdu dans l’horizon comme pour mieux se souvenir. Écoutez-moi. À quel moment sont survenues vos premières mèches blondes? Pour ma part, j’avais environ 16 ans, en pleine voie de devenir “adulte”, du moins je le croyais. Parce qu’on ne devient jamais adulte, amen je vous le dis. Pas au complet du moins. Ce serait comme assassiner pendant qu’il dort l’enfant qui sommeille en vous. Bref, une première transition. Non, je mens. Bien avant, quand j’ai décidé qu’il était temps de devenir “cool”, j’ai laissé tomber le toupet que j’avais au front depuis la plus tendre enfance pour entrer en “douceur” au secondaire. Long processus pénible s’il en fut un, j’ai éventuellement migré à la frange après moult épisodes de barrette à papillons. Oui oui, celles-là.

Il y a éventuellement eu les garçons pour lesquels j’ai fait pousser mes cheveux afin qu’ils s’y enfouissent le visage et me disent “C’est quoi ton shampooing?”. Puis ceux qui ont brisé mon coeur pour qui je les ai ensuite coupés. En changeant de shampooing.

Au cégep, mal dans ma peau, j’y allais pour des coiffures complexes, dominant mes tifs sans quoi ma crainte d’exister défectueusement prenait le dessus. J’ai mis à plat les mèches rebelles, gonflé à bloc ma crinière lors des journées mornes. J’ai gommé la frange les jours de vent et oxygéné les racines de tristesse auburn qui me sortaient par la tête.

Lorsque j’ai quitté la maison, je suis devenue brunette, une vraie de vraie, foncée foncée. De son côté, lorsque ma mère s’est réappropriée la sienne, elle s’est teint les cheveux en mauve. Côté instinct, la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre, en effet.

Les coiffures se sont simplifiées en même temps que l’estime s’est levée. J’ai découvert que malgré tout, bien que les coups de ciseaux et les colorations signifiaient à mon entourage une transition certaine de ma personne vers une version revue et corrigée, tout au fond je demeurais une rousse de coeur. Sur ma tête il y a avait la majuscule du changement que je vivais, mais dans mon coeur j’étais toujours la même. Seules les femmes remarquent entre elles ces changements, n’est-ce pas mesdames? Les hommes ne constatent jamais le demi-ton plus clair pour lequel vous avez optez, ou les deux pouces que vous avez raccourcis, ou le simplement fait que vous n’est plus du tout blonde. Seules elles savent vraiment que leur consoeur traverse une nouvelle étape dans sa vie et elles s’approchent alors un peu plus, prennent une gorgée de leur vin rosé, prêtent à happer le regard qui quittera bientôt l’horizon pour amorcer la confidence.

Elles seules savent ce qui se passent avec la tête des femmes. Elles, et leur coiffeur, bien sûr.

Au plaisir.

Keep on Keepin on.

MS

SeXXX(L) et étiquette

Puisqu’il faut encore en parler. Puisqu’on ne tari jamais le flot d’opinions sur le sujet.

Le culte du corps.

Je me suis déjà prononcée (comme tout le monde), mais vu le tollé provoqué par la publication prochaine de V Magazine, je m’y remets.

En fait, j’aimerais souligner un paradoxe sur le sujet.

Ces photos de filles rachitiques publiées dans les revues de mode s’adresse à un public cible bien précis : les femmes. Ce sont les femmes qui s’insurgent contre l’idée mais qui, néanmoins, se soumettent à des régimes sévères et bâtissent leur garde-robe en fonction d’un chiffre (celui sur l’étiquette de leur pantalon) et des tendances du moment, qu’elles leur conviennent ou non.

Or! Or, je dis! Les femmes qui paraissent dans les revues pour hommes, ELLES, sont toutes sauf de petites Kate Moss. Les Playmates et autres plantureuses chevauchant motos et Mustangs portent sans doute du 5-6 de jeans et du 34D de brassières.  Pourtant, la majorité des “vrais” mannequins n’ont sans doute pas besoin d’autre support mammaire que celui fourni par leur vieux soutien-gorge de chez Jacob Jr.

Jusqu’à présent, vous me suivez? Le paradoxe est le suivant : fondamentalement, de façon innée, depuis toujours, les femmes veulent plaire aux hommes, beaucoup plus que l’homme ne cherche à plaire à la femme.

Alors.

POURQUOI les femmes prennent-elles comme modèles les brindilles squelettiques contre lesquelles elles ne cessent de se plaindre, alors que ce ne sont MÊME PAS VERS ELLES que les hommes dirigent leurs fantasmes?

Pourquoi la femme cherche-t-elle à perdre du poids à tout prix, cependant qu’elle se procure la brassière qui lui gonflera la poitrine et les booty shorts coussinés qui lui bomberont le popotin?

Il est là le paradoxe. Ce à quoi je réponds : it’s not what you wear, it’s how you wear it. Qu’on parle du jeans en tant que tel ou de sa taille sur l’étiquette, celle à l’intérieur de la couture que personne ne voit.

Stéphanie Chicoine, blogueuse, écrivait un billet intitulé V Magazine : des mannequins tailles fortes, le 6 janvier dernier sur bangbangblog.com.

http://styles.bangbangblog.com/2010/01/06/v-magazine-des-mannequins-tailles-fortes/

Elle le concluait comme suit :

Et vous, êtes-vous pour ou contre les mannequins à tailles fortes dans les magazines ou bien vous vous en foutez comme dans l’an 40?

Moi, Stéphanie, je suis pour toutes les tailles. J’abonde en ton sens lorsque tu mentionnes que la revue devrait oser à fond et publier des filles de tailles 20 et plus. Je suis d’avis que le corps féminin est une oeuvre d’art quelle qu’en soit la forme. Ce qui compte, ce n’est pas la taille du corps, c’est le bien-être qui en émane.

Au plaisir.

Keep on Keepin on

MS