Le poltergeist chat

Bonjour.

Sautons dans le vif du sujet, inutile de tourner autour du pot. Des fois ce genre de choses se fait rapidement, tout dépendant la circonférence du pot. Tourner autour d’un petit pot, c’est correct dans un horaire, ça prend pas trop de temps. En fait, quand on tourne autour d’un petit pot, on parle déjà d’autre chose, d’autre chose du genre digestif. Mais je pense que c’est  personnel comme sujet de discussion, alors je passe à autre chose. Le vif du sujet.

Aux prises avec une sérieuse crise d’inspiration la semaine dernière, j’ai consommé. Je l’avoue. Une fois, deux fois, trois fois. Du café. Beaucoup trop de café pour un petit corps comme le mien. J’ai déjà rédigé une ode au café, il y a quelques années. Je vous invite d’ailleurs à la lire, si vous avez un moment : http://msbe.wordpress.com/2009/05/05/leffet-du-cafe/. Bien que je pense encore que le café ait le pouvoir de changer le monde et d’empêcher quiconque en consomme de tourner autour du pot (biologiquement parlant, on appelle ça diurétique), eh bien il a néanmoins un immense défaut. Il y a de la caféine dedans.

La caféine, ça empêche de dormir. Longtemps.

Suite donc à une soirée couronnée de succès inspirationnel (pour l’occasion, ce mot existe), je suis étendue dans mon lit, je fixe le plafond. Je suis bien, mais je ne suis évidemment pas fatiguée du tout. Je bois environ huit litres d’eau pour nettoyer mon système, mais ça ne me donne rien. J’attends donc, tranquillement dans mon lit, soit Morphée, soit le marchand de sable, soit Vanna White puisqu’au pire, une petite partie de Wheel of Fortune pourra certainement me changer les idées et fera changement des joueurs du Canadiens que je tente de nommer en ordre alphabétique pour m’assoupir.

Me changer les idées des palpitations dans ma poitrine, des sueurs froides qui tiédissent mon corps fiévreux aux veines gercées par la caféine et ses effets néfastes. Encore une fois, je me dis que ça y est, c’est la fin. Si la bernache m’a manquée de peu, eh bien c’est un grand coup de café qui peaufinera mon trépas.

Je repense aux grands moments de mon existence et je me dis que mourir dans son sommeil c’est plate, mais c’est certainement moins pire que de mourir d’insomnie. Mon esprit embrouillé s’arrête alors sur un chapitre crucial de ma vie adulte. Une épreuve que j’ai surmontée avec courage et brio : l’épisode du poltergeist chat dont Gus a été possédé.

Je ne me souviens plus, en avais-je déjà fait mention? Je résume. De toute façon vous ne pouvez refuser les dernières volontés de la mourante que je suis.

Gus, mon sublimissime lapin nain à tête de lion, lors d’une soirée comme les autres remontant à quelques mois, s’est mis à miauler. Gus étant unilingue anglophone et n’entendant que trop rarement à rire, j’ai immédiatement su que quelque chose ne tournait pas rond, qu’il ne blaguait pas. Les anglophones ne miaulent pas.

De peur qu’il ne tente des obscénités avec un crucifix ou de faire le pont dans un escalier, j’élabore une ruse judicieuse qui le mène rapidement dans sa cage. Derrière les barreaux, j’aperçois de petites canines carnivores percer ses gencives et s’accoter de part et d’autre de ses palettes initiales herbivores. Il me sourit en ricanant, ce qu’il n’a jamais fait auparavant. Un mélange de lynx préhistorique et d’ourson Berenstain. C’est un peu étrange et dérangeant, mais je suis en sécurité, je peux maintenant gérer la situation la tête froide.

MAIS NON. C’est alors que j’entends un miaulement lointain. Sournois, sordide.

Je suis le cri dans la nuit (oui, c’était la nuit, les gens ne sont jamais possédé par un bel après-midi d’été) qui me mène au balcon arrière. Je jette un coup d’oeil à l’extérieur, mais je ne vois rien dans la pénombre. J’ouvre la porte, lentement. Confrontée à un scénario catastrophe, j’aurai affaire à un vampire. Le bon côté c’est qu’un vampire, il faut inviter ça à entrer dans la maison. Techniquement, je suis donc en sécurité malgré une rencontre d’outre-tombe. La porte grince, les stores claquent contre la fenêtre entrouverte. Les miaulements s’intensifient.

Il est devant moi, dans le noir. Son regard jaune comme l’ambre transperce mon âme.

Le poltergeist chat.

Pour me narguer, il s’est matérialisé en chaton noir (je ne suis pas dupe!) et tente de m’amadouer pour que je le laisse entrer chez moi, qu’il puisse assouvir ses pulsions sataniques sur ma pauvre créature. Puisque tout le monde sait que les poltergeists puisent leur énergie dans l’attention qu’on leur accorde, je ferme donc immédiatement la porte et fait comme si de rien n’était, après avoir vigoureusement flattée la petite bête quand même mignonne à mourir.

J’éteins les lumières de ma chaumière et me couche tôt cette soirée-là. Si je fais une prière au Jésus, peut-être que tout rentrera dans l’ordre. Je serai envahie d’une douce chaleur et un être cher récemment trépassé m’apparaîtra en songe pour me confirmer que tout ira bien.

Non. Non. À trois heures du matin, l’heure du diable, je me réveille en sursaut.

J’ai entendu miauler.

Gus s’affole dans sa cage. Le petit être possédé gruge sans lendemain les barreaux métalliques qui l’emprisonnent. Je l’entends qui broie en confettis ses copeaux, qui s’arrache la crinière de ses petites griffes autrement si mignonnes, qui hurle à s’en déchirer les poumons, qui marmonne du Marie-Mai. Seigneur, je crois que j’ai décelé quelques paroles en araméen.

Je n’ai que deux options. Attendre que ça passe, ou immoler la bête.

Puisque je sais qu’il me sera impossible de me recoucher si Gus cuit dans sa cage et que l’odeur d’un civet bbq envahit mon chez moi, je vais donc fermer la porte de ma chambre, les yeux remplis de larmes. Épuisée et en proie à une peur titanesque que seule les mères de famille peuvent comprendre, je sombre dans un sommeil épais, sans rêve.

Un chaud rayon de soleil se faufile à travers les rideaux et m’invite dans une nouvelle journée. Le silence règne dans l’appartement. J’entrebâille la porte de ma chambre. L’appartement est en bordel complet. De la paperasse jonche le sol et le plancher reluit dans l’aube. Du sang? Est-ce du sang? Ma petite bête s’est-elle battue à mort avec l’être qui l’habitait??

Je m’avance vers le bureau, là où repose peut-être la carcasse encore tiède de vie de mon animal domestique unilingue anglophone.

Il est là, tout de poil vêtu. Paisible. Il a vaincu le Malin! Plus fort que tout, Gus est comme le Chuck Norris du royaume animal!

Tout est rentré dans l’ordre et c’est une belle histoire que nous pourrons certainement raconter à Canal D un jour, dans un épisode de Fantômes chez les stars.

Bon. Avec tout ça je ne dors toujours pas et Morphée, le marchand de sable et Vanna White se font toujours attendre.

C’est exténuant survivre sans cesse à sa mort. Bon. Visiblement, c’est mon lot. Par contre, l’éternelle optimiste en moi me force à voir le positif dans toute cette situation. Bien que je serai cernée et pâlotte demain, que mon élocution sera imprécise et que j’aurai des troubles de concentration, lorsque je m’écroulerai de fatigue et sombrerai finalement dans un coma léthargique, au moins les miaulements de Gus ne me réveilleront pas.

Au plaisir.

Keep On Keepin On

MS

Being at home with Gus, v2.0

Après Soeur Annette, c’est maintenant à…Josée Lavigueur que je dois poser les VRAIES questions. L’entrevue devait avoir lieu hier mais je n’étais pas disponible.

J.L. : “Hum, si on faisait ça mardi le 3 en début de soirée?”

MS : “Ah non, mardi c’est impossible, désolée. J’ai un cours de spinning!”

J.L. : “Ah ben c’est très bien ça! Félicitations! On remet ça à mercredi alors! Bon cours!”

Disons que reporter une entrevue avec Josée Lavigueur pour cause de spinning, c’est correct. Tout à l’heure, quand je vais l’appeler, je compte bien glisser un mot ou deux à notre Jillian Michaels du Québec au sujet de ma séance d’hier. C’est normal que ça tire ici? Et là? Il y a des standards pour la musique des cours de cardio? Parce que hier, c’était un vrai melting pot. Un peu d’american 80′s, un peu d’indien à tambourin, un peu de musique cubaine…de tout pour tous, quoi! Et puis j’ai l’impression que l’échauffement initial m’a franchement crevé, puisque je n’ai pas été capable de suivre la cadence de Gonzo comme les dernières fois. “UP! DOWN! UP! DOWN! SPIN! SPIN! UP! DOWN! Et quand on commence à s’y faire….RÉSISTANCE!!!! En plus j’avais la nausée, peut-être due au burger de bison consommé à l’heure du lunch avec copain, et les abdos au sol étaient d’un masochisme digne de la Bête elle-même. Enfin. Josée pourra me dire les vraies affaires. Peut-être qu’elle me proposera un entraînement personnalisé? Peut-être que je serai son assistante! Peut-être est-ce le début d’une vocation insoupçonnée?! Qui sait… Je vous en reparlerai si elle ne m’emmène pas en tournée cardio québécoise dès la fin de l’entrevue. “Pour inspirer les gens MS, on va jogger jusqu’à Mascouche! Prévois des sous-vêtements de rechange, je te rejoins dans 10!”

Bref, hier, après avoir dompté le vélocipède, copain et moi avions rendez-vous chez moi devant la première de la dernière saison de Lost. L’avez-vous écouté? Avez-vous compris quelque chose? Pour moi, on pourrait brasser les épisodes des six dernières années comme un vieux paquet de carte, tout redistribuer aléatoirement, et j’y trouverais probablement plus de sens. Tout le monde meurt mais pas vraiment, certains parlent aux morts, certains voient des morts, certains se transforment en fumée, et hop! un p’tit tour d’avion pour le plaisir, tout ça autour d’un pied coupé qui ne veut RIEN DIRE. RIEN DIRE, OKAY? Pendant que copain montait le son, moi j’apprenais des trucs à Gus, lapin nain de service, en le récompensant de pop corn au beurre.

J’en profite d’ailleurs pour clarifier certains mythes longtemps véhiculés sur les lapins nains à tête de lion. Malgré qu’elles soient mignonnes à en décaper les murs, ces petites bêtes sont égoïstes, paresseuses et pas du tout serviable. On s’entend, j’essaye néanmoins de comprendre la série et je ne peux donc pas aller chercher mon repas congelé qui calcine lentement dans le micro-ondes. Je demande GENTIMENT à Gus d’aller chercher le plat, mais non, Monsieur est trop occupé à se faire les griffes sur mon tapis. Qui plus est. Les lapins nains ne sont pas attentionnés et ne feront pas le lit en cachette pour vous faire un petit velours, ni ne plieront les vêtements étendus une fois qu’ils seront secs. Gus est un peu comme Chuck Norris : il ne parle pas, il domine le silence, que ce soit en français, en anglais, en espéranto. Le lapin nain ne débarre pas la porte lorsque vous oubliez vos clés parce qu’ils sont vils et mesquins et ne vous aiment que pour votre capacité à sortir des vivres du frigo et à les déposer dans leur petit bol de porcelaine. S’il osait communiquer, le lapin nain hurlerait un truc du genre : “Femme, ma bière!”. Enfin.

Résultat de la soirée : je n’ai plus envie de prendre l’avion, je constate que les six dernières années de ma vie sont en fait un giga McGuffin*, copain est repu et Gus est gras et sans doute carié. En plus, j’ai un peu la nausée.

Satané burger de bison.

Au plaisir.

Keep on Keepin on

MS

*Un McGuffin, c’est un truc inventé par Alfred Hitchcock. C’est une genre de fausse piste, un élément important, voir primordial, pour un personnage, mais dont l’utilité n’est jamais révélée au spectateur. Du genre la boîte à la fin de Seven, la malette dans Pulp Fiction, l’argent dans Psycho.

Les foulards de Blanche

Aujourd’hui, 29 janvier, L’autre 10% figure dans le top 5 des blogs francos se développant le plus rapidement sur WordPress. Parce que ça me fait un petit chaud au coeur et qu’en plus, ça tombe le jour de la fête de mon père, je sors, bravant le froid, et je vais m’acheter un cannolo (singulier de cannoli) à 1$ à la boulangerie du coin.

Je m’extirpe du -24°C ressenti et déguste avec modestie la récompense de mon dur labeur, en gardant en tête qu’eh oui, demain ce sera déjà passé. Que voulez-vous, Internet, ça bouge! On ne reste pas top 5 très longtemps à grands coups de milliers de blogues par jour! Au sol, Gus, mignon rongeur de service, se bat envers et contre tous pour obtenir mon attention et par le fait même, une nano croquée de mon cannolo. Impossible, je veux bien lui donner tous mes restes de table au chanceux, mais hors de question que je devienne sa pusher de sucre. Un lapin nain sur le sucre, c’est pire que road runner sur le spead. Croyez-moi, been there.

Alors que je digère en rédigeant quelques lignes, il me prend une folle envie de faire un peu de rangement. La corrélation est directe : dès que les échéanciers s’abrègent, plus mes pulsions ménagères prennent le dessus. Je farfouille, je farfouille, et je tombe sur un petit malaise. Des objets que je ne crois pas mériter. Merde. J’aurais dû continuer à écrire, ça m’apprendra.

Je vous en ai déjà parlé. Blanche, la grand-maman de mon copain. Elle est décédée au début de l’automne alors que les arbres rougissaient et que bottines, canadiennes de laine et foulards reprenaient le dessus sur les accoutrements légers et nonchalants. Blanche est partie et a justement laissé sa part de bottines, canadiennes de laine et foulards. Foulards de soie, foulards de cachemire, foulard de laine. Et on m’en a offert. Et je les retrouve maintenant, impeccablement pliés en petit carrés respectueux, au fond d’une sacoche blanche qu’on m’a également refilé de sa garde-robe.

Je fais quoi de ce petit paquet de malaise? Je veux dire, copain et moi, on sort à peine d’un généreux lot de hauts et de bas, on se retrouve seulement depuis peu, et on me confie ce qui pour moi est d’une délicatesse dont je ne me crois pas encore digne. Définitivement, je ne peux les porter. Pas maintenant du moins. Ce serait un peu trop téméraire. Mine de rien, je l’aimais beaucoup Blanche, et je veux encore lui laisser un peu de temps pour peupler le silence, remplir son absence, avant d’imbriquer des petits morceaux de son souvenir dans mon quotidien.

Alors. Je fais quoi? Je les range, tiens. Ni vus, ni connus. Basta le petit malaise soyeux.

Non. C’est pire encore. Non?

Je vais les accrocher. Les pendre à mes murs, et ce sera comme si elle faisait adieu du mouchoir, comme dans les films avec des gros bateaux dedans. Non plus.

Et si. Et si je les mettais parmi les miens? Je ne les porterai pas, je ne les exhiberai pas. Je vais plutôt présenter les foulards de Blanche à mes propres foulards. “Bonjour foulard de soie, je suis foulard de velours (ahem, polyester).” Les déplier pour qu’ils se détendent, les accrocher avec les autres pour qu’ils respirent. Je vais laisser les foulards de Blanche se reposer un moment avant qu’ils ne passent à autre chose. Alors, je déplie, je secoue un peu, et j’accroche.

D’un coup, c’est drôle, le calorifère cesse de vrombir. Les bourrasques dehors s’estompent. Gus s’étend sur sa couverture et son grelot se tait alors.

Le silence. Certains diraient : “Tiens, un ange passe”.

Au plaisir.

Keep on Keepin on

MS