Tout est parfait.

Tout est parfait. Puisque tout vient à point à qui sait attendre, éventuellement, avec un peu de patience, tout est parfait.

Le printemps revient et les bourgeons bourgeonnent. Les amoureux s’aiment. Les retours d’impôts s’annoncent. L’économie reprend. Tout est parfait.

C’est faux.

La perfection, tout comme la justice, n’est pas de ce monde.

Même le jour où vous marierez votre tendre moitié, la personne avec qui vous souhaitez partager vos quotidiens de jour et vous battre pour la couverte la nuit, la personne qui sent toujours bon, il y aura ce meuble trop bas sur lequel vous vous cognez le tibia. La première journée où bourgeonneront les bourgeons, Montréal puera de plein fouet sous les premiers soleils ardents d’avril. D’ailleurs, ça commence déjà. Les poubelles ensachées macèreront sur le pavé alors que la neige autrefois douillette et alléchante comme du sucre à glacer deviendra une gadoue grise libératrice du gravier antidérapant hivernal qui crisse maintenant sous les semelles comme une nouille trop peu al dente sous la molaire ardie. Rien n’est parfait.

La vie n’est pas moins belle pour autant. Et puis de toute façon, il ne faut pas oublier que la beauté a besoin de la laideur, ne serait-ce que pour se définir par opposition : ce qui est “laid” doit forcément aussi être “pas beau”. Elle est le résultat de judicieux contrastes :  jour/nuit ; homme/femme ; chien/chat ; etc. Elle est le fruit d’innombrables déséquilibres et injustices, comme la profondeur variée des bonnets de soutien-gorge des femmes. Impossible alors de filer le parfait bonheur. Puisque tout n’est pas parfait, par définition. Il y aura toujours une ombre au tableau. Mais c’est beau une ombre. Parlez-en au Caravage. Enfin.

Il y a toujours quelque chose qui cloche. Quelque chose qui manque. Quelque chose de louche. Quelque chose qui nous échappe.

Le premier réflexe est de chercher à remédier à la situation, panser le malaise, solutionner l’équation (et donc retrouver l’équilibre, un semblant de perfection).

Mais c’est inutile. Il faut assumer l’imperfection. C’est difficile, mais il le faut. Accepter les bosses sur la carrosserie de la vie, les lacunes, les hics, la loucheté et ceux qui s’échappent, ceux qui nous échappent. Appellons ça du cachet. Comme les bouteilles tordues des vin du Pays d’Oc ou le ré bémol qui tremble sur le vieux Steinway de votre grand-mère.

Tout n’est pas parfait. Mais tout n’est pas imparfait pour autant. Même s’il pleut le jour de mon mariage, reste que je n’en serai pas moins unie pour la vie au seul homme de qui je suis capable de voler sans ambage l’édredon. Même si le gravier crisse sous mes pieds, mon manteau d’hiver n’en est pas moins rangé dans la penderie pour les deux saisons à venir. Et si mes bonnets sont creux, au moins mon ventre est plein.

Si la beauté a besoin de la laideur pour s’opposer puis se définir, alors la perfection peut en faire de même avec l’imperfection, non?

La perfection serait donc de ce monde simplement parce qu’elle n’est pas imperfection? Bon. Au fond, on est pas si mal barré.

Au plaisir.

Keep on Keepin on

Ms

Nature morte

L’automne c’est la saison de la mort. Autant que le printemps c’est le renouveau et les jupes courtes, l’été c’est le party et l’hiver, c’est rigoureux et sans merci, l’automne c’est la saison qui fait pitié.

Toutes les campagnes publicitaires tentent de nous faire croire le contraire :

“Yay! Le retour en classe!”

“Chouette! Une nouvelle saison à V (néo-mouton noir)!”

“Des soldes! Des soldes! Des soldes! Everything’s gotta go!!

Alors que tout le monde sait que le froid s’en vient, la bouette et les feuilles mortes aussi. Adieu journées dans le parc, terrasses et mèches blondes naturelles…

Plusieurs ont compris comment tirer profit de ce spleen qui nous envahit petit à petit.

LES ORGANISMES DE CHARITÉ.

Qui dit la mort de l’automne dit Sida, cancer, plus pauvres que pauvres, Croix Rouge et/ou Bleue, Médecins sans frontières et Bon Dieu dans la rue. Peut-être aussi que c’est pour nous remonter leCROIX ROUGEmoral et nous faire comprendre qu’au fond, ça pourrait être pire et que nous, on est assez en santé pour donner de l’argent. C’est gentil, merci.

Et ils vous approchent, toujours jeunes et fringants au coin des rues. Des meutes de quatre, cinq. Uniformes en gaminets. De grands yeux pétillants où la propagande “TOUT LE MONDE PEUT DONNER” fusille tout le monde.

Non. Tout le monde peut pas donner, juste parce que tout le monde peut pas donner à tout. Et puis comment on fait pour choisir UNE cause? Pourquoi le cancer plutôt que le Sida? Pourquoi les itinérants plutôt que les Biafrais? Pourquoi ce serait moins pire de souffrir d’une façon que d’une autre? La vie est remplie d’injustices et la charité en est une autre.

Alors oui, tout le monde peut donner jusqu’à un certain point. Mais ce n’est pas tout le monde qui puisse recevoir puisqu’il est impossible de soutenir toutes les causes, du moins financièrement.

L’automne fait pitié et ça nous déteint dessus. Ces rapaces des bonnes causes en croisade pour la BIAFRAIS.veuve et l’orphelin le SAVENT et tentent de nous soutirer un peu de notre pécule lorsque nous nous trouvons à notre plus bas.

-”Vous donnez comme vous voulez. Mais pas moins que 10$ par mois pendant un an.”

-”Oui mais Éric/Karine/nom de votre choix qui sonne ben ben généreux, j’ai de la misère à payer mon loyer, je travaille comme une folle pour avoir de quoi dans mon frigo et je porte les mêmes vêtements depuis le secondaire. Je ne pense vraiment pas pouvoir me permettre de donner.”

-”MS (T’as un beau nom en passant!), TOUT LE MONDE PEUT DONNER.”

Et là, je me sens comme une avare égoïste, je-m’en-foutiste sociale aux valeurs chrétiennes stériles parce que c’est pire ailleurs et que moi je trouve le moyen de me plaindre la bouche pleine. Je suis déjà en train de m’étioler à la simple pensée des cadavres de nature qui vont bientôt parsemer mon balcon, et on cherche à tous les coins de rues à me soutirer ce que je ne peux même pas économiser en me faisant sentir COUPABLE.

L’automne, ce n’est pas la saison de la charité, c’est celle de la CULPABILITÉ. Je me sens coupable de ne pas donner, et en plus, je suis véritablement coupable de ne pas le faire! Campagne de sensibilisation mon oeil. Campagne de culpabilisation, plutôt.

Solution? “Si je ne peux pas donner à un, je ne donnerai pas à l’autre.” Alors je ne donne pas, pour ne pas faire d’injustice. Ou alors pour faire une injustice égale. Une juste injustice.SIDA.

Je résume. Non, tout le monde ne peut pas se permettre de donner. Ce n’est pas par manque de conscience, c’est par manque de fonds. 10% de la population mondiale possède 90% de l’argent de tout l’univers. Et c’est MOI qu’on approche. MOI qui se sens coupable. MOI qui subis le guilt trip de la misère mondiale devant laquelle je suis impuissante sur tous les plans. Ça, c’est pas juste. Qu’on me parraine!

Enfin. L’automne arrive. L’été est mort. Vive l’été! Au moins, il y a la rentrée scolaire, les soldes, et la nouvelle programmation de V pour “combattre le spleen”, hein Stefie?

Au plaisir.

Keep On Keepin On

MS