L’endeuillée

Pour ceux qui ne le savent pas encore, ma vie est une suite d’absurdités.

Il y a quelques mois, je faisais des recherches sur le deuil pour un projet d’écriture. Je voulais que de mon écriture transcende ces “étapes” qu’il faut traverser dans pareille situation. Tout d’un coup, c’est à moi de traverser le tout. Absurde, donc. Drôle de coïncidences, disent certains. Absurde, je continue.

J’ai appris qu’un deuil, quel qu’il soit, se vit en sept étapes. Sept, le chiffre parfait, celui en fonction duquel le Seigneur a créé le monde. La perfection, quoi! Dans ce monde où rien ne s’arrête et où tout va trop vite, j’ai trouvé pour vous une version abrégée sur Internet. Parce qu’on ne prend plus le temps d’être triste. Je le sais, c’est précisément la stratégie que j’ai choisi d’adopter et puis bon, vous connaissez tous le résultat médiocre que ça l’a donné.

Un deuil en trois étapes, c’est plus facile à traverser.

http://www.cmha.ca/bins/content_page.asp?cid=2-63-65&lang=2

Choc (1), désorganisation (2), réorganisation (3). Parce que je vous aime et que je suis complètement reconnaissante que vous me lisiez encore malgré cette noirceur que j’ai traversé et dont je vous déleste progressivement, je vous ajoute un *input*. Il y a la colère aussi. Entre le choc et la désorganisation. Beaucoup, beaucoup de colère. Envers et contre tous.

Parce qu’ils, eux, les autres, lui, toi, moi, tout le monde, ne comprennent, ne comprend, ce qui se passe réellement. Ce n’est jamais aussi pire que ça n’en a l’air parce qu’on se veut fort et invincible et indestructible et qu’on est tellement, tellement orgueilleux. Les mâchoires grincent. Mes mâchoires sont devenues l’étau de cette vie contre laquelle j’en avais. C’est d’autant plus fâchant qu’on est véritablement seul dans un deuil malgré tout le support de l’univers. Les autres peuvent nous tenir les bras pour nous empêcher de tomber, mais il n’y a que nos propres genoux pour rester debout.

Un deuil c’est long. Parce qu’il est mort pour la vie, la tienne. Parce qu’elle est partie ne t’aimant plus. Parce que cet employeur nous remercie une fois pour toute, pour ne plus jamais nous rappeler. Un deuil c’est pas que la mort, c’est surtout la fin. La vraie fin. Et là, il ne faut pas que parler des autres choses comme je l’ai écrit, il faut surtout passer à autre chose, être prêt à vivre autrement. Changer du tout au tout pour cette vie sans…

Il y a un an, Michael Jackson est mort. Tous les postes en parlent. C’est triste. Profondément. Malgré ce que je dégage, je pense que cette Terre porte plusieurs âmes inutiles. Plusieurs seront surpris de cette affirmation, mais bon. C’est pas beau ce que je dis, mais c’est à chacun de faire en sorte de ne pas en devenir une et de faire une différence, quelle qu’elle soit. Mais lui, ce King of Pop, n’a pas vécu en vain. Le deuil fut long et pénible pour plusieurs : ses proches, son entourage, ses trillions de fans qui traversent les générations et qui perdureront sans même l’avoir vu sur scène. Mais ces gens passeront à autre chose en insérant un disque de MJ et en commémorant son oeuvre, son passage, son apparition sur la grande scène qu’est la vie. Je dis : Life’s a show, you’re a star.

Il y a sept étapes au deuil. Peut-être cinq selon certains, trois pour les plus pressés. Il faut néanmoins pleurer puis accepter. Sinon, on devient cette boule de colère (ce que je souhaite éviter, ce que je vous souhaite de surmonter), de peine infinie, d’incompréhension (“Ah! Pourquoi moi?!”), et on n’en finit plus de souffrir.

Tant de choses, de gens, d’ambitions, de journées, meurent quotidiennement et après, après le sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un…il y a un GO. Vas-y. Avance ma belle, mon beau. Ta douleur cicatrisera et deviendra le trophée de ton vécu. Une couture du passé sur ton coeur qui renforcera ta vie de demain.

C’est complètement absurde la vie. La mienne du moins. C’est grandiose, c’est superbe. Tous les jours elle fait rire et pleurer par milliards. Personne, hormis peut-être ce Michael Jackson que nous commémorons un an plus tard, jour pour jour, n’a réussi pareil exploit.  Sans peut-être nous, chacun pour soi, tout dépendamment des étapes que l’on choisit de traverser.

Qu’on remplisse ma coupe pour Michael Jackson, certes parce que c’est inévitable et qu’il faut célébrer cet entertainer magistral, mais qu’on me serve les bulles qui pétilleront pour ceux qui n’ont pas encore finit de pleurer et qui forgent chaque jour ce trophée de vie qu’ils brandiront dans quelques étapes, aussi longues soient-elles, je le sais.

À vous, à moi, à eux et les autres.

Au plaisir.

Keep on Keepin on.

MS

Thanks for the dance

Je n’ai pas enterré Elvis. Je n’ai pas enterré John Lennon. Ni Marilyn, ni Coco Chanel ou le général De Gaule.

Je me souviens vaguement de la mort d’un certain Kurt Cobain (j’avais quoi…7 ans?) et d’un 2pac. Mais c’est loin, et ça n’a pas eu beaucoup d’impact dans ma vie.

Je me souviens par contre de la première page de La Presse, annonçant la mort soudaine de Marie-Soleil Tougas. La veille, je l’avais vue interpréter un petit rôle dans L’homme idéal, un film avec Marie-Lise Pilote, et j’étais bien sûr une adepte des Débrouillards. Ça, ça m’avait marqué.

Et là, tout d’un coup, on nous enlève Michael Jackson. J’aurai de mon vivant enterré THE KING OF POP.

C’est pas rien ça! J’aurai connu le passage à un nouveau millénaire ET un nouveau siècle. Le passage de la comète Hale Bopp. Le premier président Américain NOIR. L’arrivée d’Internet. Le DVD, le Blueray, les CDs, MP3, JPEG, GIGABITE, Photoshop et autres. O.J. Simpson ira en prison. Guy Cloutier aussi. Lady Di mourra. Il y aura eu des Québécois des Oscars jusque dans l’espace. Les brebis seront clônées. J’aurai connu le retour des pattes d’éléphant, le coat en jeans, les leggings, la salopette, le sarouel, les cheveux bleaché, la frange coupée, les rallonges dans le dos et la coupe carrée. La télé sera devenue réalité et les films seront tous en HD.

J’aurai connu le pire affront commis envers l’Occident, le 11 septembre 2001. Vous, vous souvenez-vous de ce que vous faisiez lorsque vous avez appris la nouvelle? J’étais dans la salle 4, notre salle de niveau au secondaire, et tout le monde spéculait sur l’avenir de l’humanité. Certain disait que New-York n’existait plus. No more Manhattan, we will not have sex in the city. D’autres que c’était la troisième guerre mondiale. Certain voulaient retourner chez eux, question de mourir en famille, on sait jamais. Je me souviens avoir été complètement hypnotisée par les images des avions qui percutaient les tours, desquelles giclaient des employés cravatés. Assise dans le vieux divan rose du sous-sol trop climatisé chez mon père, toujours en jupe d’uniforme, les bas trois-quarts aux genoux. C’était irréel. Enfin. Même chose pour les images troublantes de l’attentat d’Oklahoma City, perpétré par Timothy McVeigh. Irréel.

C’est un peu ça, la mort d’une icone. Irréel. Les statuts sur Facebook démontrent bien les différents points de vue à cet égard. Les uns sont pratiquement en état de choc. Les autres suggèrent fortement d’en revenir, qu’après tout, il a abusé d’enfants, fait de folles dépenses, renié son apparence, etc etc.

Personnellement, je trouve ça un peu moyen comme vision des choses. Il est mort. Dans quelques jours, sa bouche d’où jaillissait les plus grands hymnes des années 80 mangera les pissenlits par la racine. Il est mort.

À votre mort, que voulez-vous qu’on souligne? Les pogs que vous avez volé dans la cour d’école du primaire? Les personnes avec qui vous avez couché au secondaire? La fois où vous avez menti en entrevue pour avoir un emploi? Ce sont les paroles qui ont dépassé votre pensée que vous voulez voir gravées sur votre tombe?

À votre mort, c’est vos erreurs que vous voulez qu’on souligne? Ou vos accomplissements, tiens? J’abonde dans le sens de la deuxième option.

Il est mort. Qu’il repose en paix. Son passage sur terre ne sera pas marqué par ses erreurs, mais par sa musique. Ah, parce que vous n’avez jamais rien fait d’impardonnable, vous? C’est bien ce que je pensais.

De toute façon, vous aurez en masse le temps de le juger quand la bio inédite et le film sortiront.

Et puis, c’est dommage, mais c’est une mort parmi tant d’autres vous savez. Un événement comme un autre dans ma vie comme dans la vôtre. Une des rares personnes à être devenue une étoile, autant sur le bitume de Hollywood Blvd que dans le ciel de l’imaginaire collectif. C’est ça qu’il faut souligner.

Désolée Michael, mais le monde continue de tourner, moonwalk ou pas. Je te rejoinds plus tard. Il me reste encore des trucs à faire, des gens à rencontrer, des choses à vivre.

Thanks for the dance.

Au plaisir.

Keep on Keepin on

MS