Parlons des autres choses

Pour vrai. Mettons de côté la noirceur, la pluie et la cage du lapin qu’il faut perpétuellement changer, et parlons des autres choses.

Ce matin en me rendant au travail j’ai croisé un homme qui sifflait en travaillant. Ça m’a fait penser à cet article de Foglia, paru le 8 mai dernier.

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/pierre-foglia/201005/07/01-4278433-culture-generale.php

Je suis incapable de siffler. Physiquement incapable. Mais bon. Je disais qu’il fallait parler d’autre chose.

L’homme paré d’un masque de fer était agenouillé sur un balcon, armé d’un fusil à feu ou je ne sais trop comment appeler cet outil à la flamme bleue qu’il utilisait pour solidifier la rampe forgée. Il s’est arrêté un moment pour admirer de plus près le travail accompli et s’est mis à siffler. Si joliment, je vous assure. Avant de l’apercevoir dans ses pantalons plein de poussière de feu, je croyais que l’air provenait d’un tourne disque installé à une fenêtre.

Et Montréal était belle. Il n’y avait pas de recyclage éparpillé sur les dalles du trottoir, pas plus de purée de vidanges, et la pluie des derniers jours avait permis un petit coup de verdure devant les adresses. En fait, pour tout vous dire, pendant une brève seconde, j’ai cru que c’était Montréal qui sifflait, que c’était le matin au complet qui sifflait. C’était un mardi insouciant. Parce que les petits vrilles sonores étaient comme un ciel sans soucis, les arpèges parfaitement mesurés surprenaient le silence comme l’arôme du lilas au coin d’une rue.

Oui bon, le métro était humide et le café amer, les gens pressés et les échéanciers de plus en plus serrés.

Mais. Non solum…sed etiam… Non seulement…mais encore… Il ne faut pas oublier…

Qu’il fait bon parler d’autre chose. Se changer les idées pour changer d’idée, point.

Et les gens sifflent, et sifflent encore.

Au plaisir.

Keep on Keepin on.

MS

Le hockey à la télévision

La télévision. Quelle superbe invention. Arrivée dans nos salons (enfin, ceux de nos parents) au cours des années 50, elle a fait entrer l’extérieur, l’imaginaire, l’ailleurs, la fiction. Et maintenant on trouve tous les moyens de s’en plaindre. C’est une boîte à images qui nous remplit la tête de téléréalités bidons, de pubs pleines de messages subliminaux vides, de mauvaises nouvelles.

Or, mercredi dernier, le 12 mai, la télévision montréalaise s’est redorée l’image en agglutinant devant ses millions d’écrans des fanas, des gagas, des amoureux, oui de hockey, mais surtout du Canadien. Les églises se vident, c’est triste un peu, mais les fidèles se retrouvent maintenant devant l’autel d’une nouvelle passion : celle de nos glorieux.

Nos glorieux qui ont su nous épater et surtout nous surprendre.

Pour mieux comprendre ce que je veux dire, je vous invite à jeter un coup d’oeil au billet de Patrick Lagacé paru le lendemain de la victoire du CH qui a permis au club de passer en 3e ronde. Il sait de quoi il parle Patrick.

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201005/13/01-4279931-gagner-pour-vrai.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4280228_article_POS3

Enfin. Personnellement, la télévision, je l’écoute beaucoup moins qu’avant. Peut-être parce que je travaille plus, peut-être parce qu’il recommence à faire beau, peut-être parce que je rêve autrement.

Ces dernières semaines néanmoins, je me suis prise à rêver (Ciel!? Ou suis-je?) dans les bars de la rue Mont-Royal, non pas en quête de l’âme soeur qui se fait attendre et qui me cherche, je n’en doute toujours pas, à quelques part, mais bien rivée au plasma lumineux des boîtes à images. Savourant ma pinte de blonde comme si c’était le sang du Christ lui-même (amen, je vous le dis), encourageant la muraille slovaque comme si j’assistais à un discours de Martin Luther King (vous savez, celui qui a un rêve?), j’ai redécouvert pourquoi la télévision est une si belle invention.

Parce que de temps à autres, il lui arrive pour vrai de vrai de revenir à sa vocation première et d’éveiller l’imaginaire. Mercredi dernier ce n’est pas qu’une émission qui passait à l’écran, pas qu’un match de hockey ordinaire qui était diffusé à l’antenne : c’était un spectacle. Les foules se soulevaient d’un seul élan, chantaient, trinquaient, applaudissaient, toutes pour la seule et même cause. Moi, j’ai trouvé ça beau. Et j’ai trouvé ça beau aussi le concert de klaxons d’après-match.

Tout ça grâce à la télévision. Et un peu aussi, grâce au Canadien, bien sûr.

Au plaisir.

Keep on Keepin on

MS

Paradoxe à la une

À pareille date il y a une quarantaine d’années, John Lennon et Yoko Ono performait leur célèbre bed-in dans un hôtel du centre-ville de Montréal. C’est vrai, ça a fait la première page du Devoir ce matin. Je n’ai pas vu si c’était le cas pour La Presse aussi, on nous l’a volée. Donc première page du journal : bed-in. Un peu plus haut, toujours sur la une, il est question de l’enquête concernant le défunt Freddy Villanueva et des complications judiciaires.

Vous savez pourquoi John et Yoko ont décidé de venir à Montréal? Parce que la métropole était reconnue comme ville libre et émancipée. Quarante ans plus tard, ce havre de paix urbain qui hébergeait auparavant des militants pacifistes a transformé ses terrains de jeux en champs de bataille. Suis-je la seule à voir ce paradoxe à la une?

Montréal est-elle toujours une ville où on peut se dire “libre”? Oui, dirons les résidents du Plateau, appuyés par une bonne partie d’ahuntsicois et de gens de Rosemont. Ceux de Montréal-Nord, de Hochelaga, de Centre-Sud, ils en pensent quoi, eux? Je crois qu’ils se sont enlisés dans un moyen bourbier duquel ils peineront peut-être encore longtemps à sortir. L’instruction défaillante, la violence, la drogue, la prostitution, la petite pègre qui troque au couteau avant même de savoir se raser, comment ces éléments ont-ils fait pour s’immiscer sournoisement? Ce n’est pas si pire me direz-vous?

Hier ma soeur est rentrée tard avec son copain. On avait suggéré de souper ensemble mais ce n’est pas arrivé. Son copain et elle sont allés se promener au parc et ont croisé une petite fille qui vient souvent à la pâtisserie où elle travaille. Le problème, c’est que sa mère à la petite, elle vient un peu trop souvent au bar, deux commerces plus loin. Si la petite lui dit qu’elle ne veut plus retourner à la maison avec elle, sa mère lui fait gentiment comprendre après une première baffe devant tous, que la deuxième, ce sera son nouveau chum qui va lui donner, et que celle-là, elle va la convraincre de rester à la maison. Alors quand ma soeur et son copain l’ont croisé au parc la petite, ils ont joué avec elle pour lui rappeler que l’enfer est peut-être à la maison, mais que dehors, il y a peut-être quelques petits bouts de paradis.

Alors, c’est ça être libre? Tout le monde est au courant de l’histoire de la petite. Tout le monde est au courant du climat dans lequel macère Montréal-Nord depuis des années. Pourtant, qui sont ceux qu’on protège? La veuve et l’orphelin du nord de la ville? Non. On protège à grand coup d’avocats onéreux les autorités urbaines, aussi chambranlantes soient-elles. On laisse la mère de la petite la frapper en public parce que “ce n’est pas de nos affaires”. Personne pour protéger les plus petits que soi dans cette ville pourtant si libre.

Que les malheureux, les démunis, les baffoués imitent John et Yoko et fassent un bed-in pour témoigner des injustices dont ils sont victimes. Qu’ils aillent s’étendre un peu et oublient leurs problèmes le temps d’un rêve. Qu’ils soient libres d’exprimer leur malheur et qu’ils nous envoient la balle. Comme ça, peut-être qu’on comprendra que nous aussi, on est libre de leur venir en aide, de témoigner en leur faveur, de manifester notre présence.

Il y a quarante ans, des gens manifestaient dans leur literie pour la paix, appuyés par milliers par des pancartes brandies et des slogans scandés. Je suggère que s’il y a bed-in aujourd’hui, on abandonne les rues et qu’on aille plutôt les border, les gens qui pleurent leur misère dans leur lit.

Au plaisir.

Keep on Keepin on

MS